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Vers la ville de l'âge IV ?

De la résilience à l'adaptabilité des territoires de l'eau : perspectives grenobloises

The 4th Age of the City

From Resilience to Adaptability in Water Landscapes: Perspectives for Grenoble
15/06/2019

Résumé

Les effets du changement climatique sur les établissements humains sont tels que bon nombre d'experts invitent désormais les planificateurs à ne plus se satisfaire des seuls normes et plans de prévention coercitifs. L'interdiction stricte de construire dans les zones inondables ne semble plus à la mesure des enjeux d'adaptabilité qui pourtant pèsent sur les territoires et leurs modes de conception. De ce point de vue, les débats contemporains autour de la notion de résilience urbaine ont permis de faire émerger, plutôt que des cadres régulateurs figés, des dispositifs spatiaux, des projets qui, non seulement, dépassent l'échelle architecturale, mais qui ont également la vertu de déplacer la problématique de la gestion du risque à l'échelle du quartier, des infrastructures et du paysage. Tout en nous appuyant sur les résultats d'un atelier de projet urbain, nous nous emploierons à développer une hypothèse théorique s'inscrivant dans la continuité des réflexions menées par Christian de Portzamparc sur les trois âges de la ville. Après avoir postulé la possibilité d'un quatrième âge, celui de « la ville adaptable», nous interrogerons le rôle de l'eau dans la configuration, la conception et la production de la ville contemporaine.
The effects of climate change on human settlements are such that many experts are now urging urban planners not to rely solely on coercive preventive plans. A strict banning of building in areas prone to flooding no longer seems to be commensurate with the adaptability issues that weigh on urban developments and the methods used to design them. Current discussions regarding the notion of urban resilience have led, instead of the emergence of stringent regulatory frameworks, to the emergence of spatial systems and of projects that not only extend beyond the architectural dimension but also address the issue of risk management at the level of the region, the infrastructure and the landscape. While drawing on the results of an urban project workshop, we will endeavour to develop a theoretical hypothesis in line with the considerations made by Christian de Portzamparc on the three ages of the city. After having presented the postulate of a fourth age, that of "the adaptable city", we will question the role of water in the configuration, design and construction of the contemporary city.

Texte

« L'indifférence est le talon d'Achille des plaines prospères où les catastrophes naturelles sont aussi rares que dévastatrices. À Amsterdam comme à Grenoble ou à Strasbourg, ces catastrophes sont si rares qu'on les oublie, et que l'on s'en remet à d'autres pour gérer un risque somme toute abstrait. À la décharge des amnésiques que nous sommes, quelques siècles de «correction» systématique ont largement participé à notre désintérêt pour la vie de nos cours d'eau. En centre-ville, les ponts ont remplacé les bacs et les gués, les quais ont remplacé les grèves ; en dehors, les chemins de halage ont fait place aux routes, et les digues toujours plus hautes ont fait disparaître les rivières, rendues à la fois invisibles et inaccessibles. N'y mettons pas de nostalgie : nous ne retrouverons pas les chevelus changeants des rivières d'antan, qui prenaient leurs aises à chaque crue. Pas plus que nous ne ferons rentrer les métropoles diffuses d'aujourd'hui dans les habits des cités compactes d'hier. Nous pouvons cependant ramener l'eau dans le champ du visible, et ainsi ramener la crue dans le champ du prévisible, littéralement : ce que chacun peut imaginer en voyant le cours d'eau fluctuer, monter ou changer de couleur. Cela suppose d'ouvrir la gestion des cours d'eau à des domaines qui dépassent les seuls enjeux hydrauliques : mobilité, écologie, économie, habitat, loisirs... »

Frédéric Rossano, Grand A. Le Mag de l'AURG, n° 3, décembre 2018
http://grand-a.aurg.org/ancrage-risques/risque-naturel-catalyseur-de-promesses


Notre article vise à interroger le rôle de l'eau dans la configuration, la conception et la production de la ville contemporaine, et cela dans un contexte marqué par une préoccupation grandissante, de la part des organismes compétents en matière de gestion du droit des sols, de réduire le risque d'inondation mais également de mettre en valeur les paysages hydrauliques existants ou potentiels (Scarwell et al., 2014). En effet, dans le champ des études sur le projet d'urbanisme (Arab, 2018), les publications à destination des praticiens ou des chercheurs traitant des territoires de l'eau et de leur transformation, vont croissantes (Fabian et Viganò, 2010 ; Terrin, 2014 ; Rossano, 2015 ; Bonnet, 2016 ; Rossano, 2016a, 2016b ; Viganò et al., 2016, pour ne citer qu'elles). Toutes défendent peu ou prou la posture suivante : non seulement l'exposition au risque, loin de n'être qu'une contrainte, constitue bien au contraire une opportunité de se réinventer, une ressource pour les tenants du projet ; plus encore, la nature, l'échelle, voire les temporalités de mise en œuvre des dispositifs spatiaux déployés à cet effet, conditionnent la réussite de projets de plus en plus complexes et frappés d'incertitudes (Ramirez-Cobo et Zepf, 2017). Évolution des pratiques qui témoigne en outre de l'influence notoire de notions telles que la résilience urbaine (Thomas et Da Cunha, 2017) ou l'adaptabilité des territoires (Davoudi et al., 2013), notions dont la traduction opérationnelle acte la volonté des acteurs publics et privés de relever les défis environnementaux tout en prônant une certaine efficacité technique (Terrin, 2015). Et c'est précisément sur ce dernier point que porte notre contribution à ce numéro thématique. Nous nous concentrerons ici sur les dimensions architecturale, morphologique et paysagère propres aux systèmes urbains soumis aux aléas hydrauliques en écartant volontairement de notre démonstration les aspects sociaux, culturels ou organisationnels par ailleurs centraux dans l'appréhension, la gestion et le dépassement des situations de crise (Reghezza-Zitt et al., 2012 ; Berdoulay et Soubeyran, 2014). De ce point de vue, nous reprenons à notre compte le principe selon lequel « l'activité de projet en urbanisme procède de la transformation et de l'organisation de la matérialité de l'espace par la conception et la réalisation d'artefacts venant s'encastrer, ou se substituer, tout ou partie, à d'autres artefacts déjà là » (Arab, 2018, p. 230). La faible malléabilité physique des espaces urbanisés impose effectivement à ceux qui ambitionnent d'en (re)composer la structure d'assurer leur nécessaire réversibilité (ibid.). C'est du reste l'horizon théorique dont nous nous réclamons.

Aussi, tout en nous appuyant sur les résultats d'un atelier de projet mené avec l'Agence d'urbanisme de la région grenobloise (AURG)1, nous nous emploierons à développer une hypothèse théorique s'inscrivant dans la continuité des réflexions menées par Christian de Portzamparc dans les années 1990 sur l'évolution du projet urbain. Après avoir effectué une relecture critique des trois premiers âges de la ville (l'âge I : « la ville multiséculaire », l'âge II : « la ville moderne » ; l'âge III : « la ville bigarrée »), nous postulerons la possibilité d'un nouvel âge, celui de « la ville adaptable ». Nous exposerons par la suite les principales conclusions issues des analyses conduites par les étudiants ainsi qu'un certain nombre de projets réalisés au cours de l'atelier. Première exploration qui nous permettra de qualifier les rapports paradoxaux qu'entretiennent les espaces urbains grenoblois avec leurs fronts d'eau. Dans ce contexte, se posera enfin la question de l'eau non plus perçue comme une menace mais comme une véritable opportunité (1) pour la ville de se retourner qualitativement sur ses cours d'eau, (2) pour le projet de s'affirmer comme un processus de révélation des qualités paysagères, environnementales et urbaines des systèmes hydrographiques, (3) pour la planification en ce qu'elle doit s'adapter aux logiques d'écosystèmes naturels porteurs d'une urbanité renouvelée.

Urbanisme fin de siècle : la troisième ville à l'épreuve de son application

C'est au cours des années 1990 qu'émerge la théorie de la troisième ville (Portzamparc, 1995). Largement discutée depuis (Mongin, 1995 ; Levy, 1999), cette proposition s'inscrit avant tout dans le débat qui anime alors praticiens, élus et chercheurs autour de la notion de projet urbain. L'originalité du postulat de Portzamparc tient au rôle que jouent les principes typomorphologiques dans le dessin/dessein du projet et, plus particulièrement, l'importance de l'îlot comme « unité de conception pertinente de la ville contemporaine européenne » (Corcuff, 2013). Et c'est bien en tant que concepteur et non en tant qu'historien que l'architecte-urbaniste mobilise l'évolution des tracés urbains pour mieux asseoir son parti pris et ainsi démontrer l'irréductible persistance de l'îlot (cf. tableau 1). Suivant son point de vue, il est possible de comprimer des siècles d'histoire urbaine sous une même temporalité : l'âge I. S'étirant du Moyen Âge jusqu'à la période haussmannienne, celui-ci se caractérise morphologiquement par une trame régulière et continue, celle de la ville traditionnelle et consolidée, essentiellement constituée d'îlots fermés et d'immeubles disposés à l'alignement de la rue. Inversement, quelques décennies, l'âge II (ou le temps de l'urbanisme moderne), suffiront à établir selon lui une rupture suffisamment profonde dans la structure urbaine (dissolution de la rue au profit de l'open planning) et l'évolution des typologies architecturales (disjonction spatiale des éléments construits) pour justifier le nécessaire passage à l'âge III. À la fois synthèse et dépassement des deux premiers âges, ce pas de temps théorique constitue pour Portzamparc l'occasion de mettre en œuvre sa proposition désormais paradigmatique d'« îlot ouvert » - où se mêlent jardins privatifs et bâtiments discontinus, alternant entre retraits et alignements ponctuels à la rue - au sein du quartier Masséna (1995) dans le cadre de la ZAC Paris Rive gauche.

Ainsi que le montre Jacques Lucan (2012), les logiques immobilières qui caractériseront la fabrique urbaine tout au long des années 2000 procèdent très largement de la traduction opérationnelle de la ville de l'âge III qu'incarne la figure du macrolot2. L'auteur d'arguer que cette forme de systématisation de l'îlot ouvert n'est pas sans conséquences sur les modalités de la production architecturale et urbaine :
  • concentration à l'échelle de « l'îlot-lot » des unités foncières et fin de la substitution parcellaire, rendant de fait difficiles les perspectives de mutabilité urbaine pourtant caractéristiques de la ville de l'âge I ;
  • découpage en volume des îlots et retour d'un urbanisme à la fois vertical et héliotropique - héritage de l'âge II, empilant les fonctions depuis le sous-sol jusqu'au sommet de « mégastructures » contemporaines, certes peu malléables mais privilégiant néanmoins (à la différence de leurs prédécesseurs modernes) le rapport à la rue ;
  • généralisation d'une architecture de plots « totémiques », d'« isolats » (pour reprendre les termes de Portzamparc) efficaces énergétiquement mais structurellement rétifs aux principes de mitoyenneté et d'alignement, générant ainsi des tissus urbains fragmentés dont les espaces collectifs sont le plus souvent privés ou progressivement privatisés.
Au demeurant, Jacques Lucan ne manque pas de souligner l'irruption récente (au tournant des années 2010) de préoccupations environnementales - si ce n'est écologiques - susceptibles de façonner de nouveaux paysages urbains. Tout d'abord, les effets de la mutualisation énergétique (chaleur, vent, ensoleillement) à l'échelle des bâtiments mais également des îlots - voire même des quartiers - induisent de nouvelles matrices et échelles spatiales, de nouvelles formes de solidarité entre les éléments bâtis (ombres portées, régime des vents) et non bâtis de la ville. Ensuite, le regain d'attention porté au traitement des espaces ouverts renouvelle en profondeur le vocabulaire de l'espace public, soit en incorporant dans les milieux urbains denses les codes paysagers des territoires suburbains (allées, traverses, passages, sentes, bois ou parcs habités, etc.), soit en couplant dispositif de gestion des eaux, circulation douce et diversification des modalités d'appropriation de l'espace. Enfin, la prise en compte des éléments naturels et, plus généralement, du risque (notamment d'inondation) dans la composition, la gestion et l'organisation tant spatiales que sociales des projets obligent les concepteurs à infléchir leurs méthodes, pratiques et manières de travailler.


Tableau 1. Pour le visualiser, cliquer ici.
Matrice spatiale des âges de la ville. Source : Ambrosino et Ramirez-Cobo, 2019.
Matrice inspirée des codes graphiques employés par Christian de Portzamparc (pour les représentations en plan des « trois âges de la ville ») et par Herzog et de Meuron (pour les représentations axonométriques de la « ville variée ») confrontés par Jacques Lucan (2012).

Concevoir la ville-nature

Depuis quelques décennies déjà, l'urbanisme en tant que pratique mais également en tant que champ disciplinaire est soumis à de multiples bouleversements relevant pour la plupart du renouvellement contemporain des rapports qu'entretiennent ville et nature (Chalas, 2010 ; Chomarat-Ruiz, 2014). Bien évidemment, le souci développé par les urbanistes de composer avec les éléments naturels jalonne les XIXe et XXe siècles (Cormier, 2015) : d'abord soucieux de végétaliser l'espace public pour assainir la ville (Alphand et le système de parc, Olmsted et les parkways, etc.), les concepteurs urbains ne tarderont pas à développer une approche fonctionnaliste des « espaces verts » - réduisant à cette occasion la couverture végétale à un écrin surfacique, voire à un équipement urbain faiblement qualifié - avant de se pencher plus sérieusement sur la question écologique de la nature en ville à partir des années 1970. Du reste, si la promotion d'une « ville biodiversitaire » (Clergeau, 2015) ou la mise en place de « systèmes du vert » (Novarina, 2003) commencent à faire leur chemin, plane aujourd'hui le risque d'une esthétisation stérilisante des matrices écologiques (Fel, 2009), voire d'une méfiance accrue des professionnels et autres élus à l'égard de dispositifs tels que les trames vertes et bleus trop souvent perçues comme des contraintes plutôt que comme des leviers de développement urbain (Cormier, 2015). Plus généralement, la perspective anthropocénique (au-delà des débats qu'elle suscite), en couplant la condition urbaine contemporaine à l'équilibre environnemental planétaire, invite à penser la ville, sa mise en projet et la planification de ses territoires à l'aune de paradigmes urbanistiques nouveaux (Bourg, 2018). À cet égard, une lecture rapide des débats qui animent praticiens et universitaires en ce début de XXIe siècle laisse entrevoir (au moins) trois voies originales : 1) la nécessité de penser la ville à l'heure du changement climatique et de la transition écologique ; 2) l'hypothèse biorégionaliste à travers l'affirmation du « territoire bien commun » ; et, enfin, 3) la proposition du landscape urbanism anglo-saxon.

1) La première entrée s'est d'abord traduite par ce qu'il est désormais commun de nommer la ville durable. La volonté de limiter l'émission de gaz à effets de serre (GES) induite par l'étalement urbain a permis aux gouvernements locaux de mieux agencer tout au long des années 2000 un certain nombre de politiques publiques autour de trois orientations majeures (Novarina, 2017) : une meilleure articulation urbanisme/transport, un développement urbain polycentrique et la mise en réseau des espaces ouverts. Aujourd'hui, la multiplication des crises environnementales et sanitaires oblige à penser différemment la question climatique. Si certains prônent la résilience des systèmes urbains (Thomas et Da Cunha, 2017) plutôt que leur stricte sophistication technologique à travers des dispositifs de transition énergétique et la mise en place de réseaux intelligents (tels que les smart grids, etc.), d'autres s'essayent à dessiner les contours de « villes en transition » (Krauz, 2014) moins soucieuses de réduire les GES que d'assurer le passage démocratique à une « société postcarbone » (Theys et Vidalenc, 2013). Dans la même veine, les récents travaux menés sur la métropole horizontale, le recyclage territorial et les cycles de vie des infrastructures, sols et matériaux urbains, montrent bien que les capacités d'adaptation des formes spatiales, des organisations sociales et des modes de projection des établissements humains constituent tout à la fois le problème et la solution aux effets du changement climatique (Viganò et al., 2018).
2) Sur ce dernier point, les travaux se réclamant de l'école territorialiste italienne sont éclairants. S'inscrivant dans la continuité des études pionnières de Patrick Geddes (Paquot, 2017), les tenants des « biorégions urbaines » (Magnaghi, 2014) soulignent le nécessaire « retour au territoire » et à « ses éléments constructifs ». À travers ses nombreux manifestes, Alberto Magnaghi exhorte les urbanistes à concevoir d'un geste égal les équilibres hydrogéomorphologiques, la qualité des réseaux écologiques et la polycentralité des organismes urbains, les ressources énergétiques, les espaces agroforestiers et le développement local, les institutions garantes d'une démocratie participative et les formes de gestion sociale de l'ensemble des biens communs territoriaux. Vision intégrée du développement urbain - ici conçu comme l'articulation d'une multiplicité de systèmes (système du vert, système de mobilité, système écologique, etc.) - qui met l'accent sur l'interdépendance des échelles spatiales dans l'exercice de la planification mais également dans leur articulation à travers une représentation du territoire à et a fortiori de leur projet à en coupe et en séquences.
3) Enfin, les partisans du Landscape urbanism (Waldheim, 2016) nous rappellent quant à eux qu'une telle interscalarité s'appuie sur une vision de l'évolution des territoires urbains qui s'ancre à la fois dans « le temps long des modifications lentes » (Viganò, 2013, p. 83), celui du paysage et de ses espaces (cultivés, boisés, aquatiques, etc.), et dans la « grande échelle », celle des espaces ouverts, vides et non bâtis, des infrastructures et continuités écologiques de la ville étalée.

Dans ce cadre, l'eau tient une place centrale. Comme le précise Paola Viganò, « water designs, l'eau dessine. L'action modificatrice de l'eau, et non uniquement le projet la concernant, doit être intégrée à tout aménagement l'impliquant » (ibid., p. 84). De fait, l'eau, en tant qu'élément fluide et gravitaire, structure les territoires en les rendant interdépendants, et cela à différentes échelles spatiales : depuis l'objet architectural jusqu'au grand territoire, en passant par les différents fragments qui composent la ville contemporaine (sous la forme de quartiers, de zones spécialisées, d'îlots, de macrolots ou de lotissements). Qu'il s'agisse de son ruissellement, de son évaporation, de sa récupération ou encore des effets liés aux risques de crues ou de remontées de nappes, le facteur hydraulique concentre désormais l'attention de concepteurs bien obligés de s'adjoindre les compétences d'ingénieurs, de paysagistes et autres écologues, collectivement dépositaires des savoirs techniques nécessaires à la mise en projet de ces territoires soumis aux aléas du changement climatique.

La résilience urbaine en question. Aux prémices d'un quatrième âge de la ville ?

Dès lors, la troisième ville constitue-t-elle la réponse adéquate à ce nouvel état de fait ? D'évidence, une ville qui se réalise morceau par morceau, qui se compose d'isolats privatisés (c'est-à-dire multipliant les barrières physiques au circuit de l'eau), imbriquant verticalement de multiples fonctions, et qui privilégie l'échelle opérationnelle de « l'îlot-lot », là où d'autres gradients scalaires semblent pertinents, ne peut constituer le seul horizon pour la fabrique urbaine à venir. Le recours désormais systématique à la notion de « résilience urbaine » témoigne d'ailleurs de la prise en compte par les planificateurs des effets provoqués par l'activité de l'homme sur l'environnement. À titre d'exemple, l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) « Risques et résilience », lancée en 2017 en parallèle de la rédaction du plan local d'urbanisme intercommunal de la métropole grenobloise, illustre cette volonté affichée par les institutions locales de prendre en considération les aléas, en vue de mettre en œuvre une planification plus « globale », « intégrée » et « responsable ». Néanmoins, dès son préambule l'OAP ne manque pas de convoquer indistinctement résilience, anticipation et gestion des risques. Tout en appelant à « une évolution de l'urbanisation » qu'il s'agirait de « rendre moins vulnérable », les orientations s'inscrivent d'emblée dans « une démarche préventive ». Ambivalence récurrente dès lors qu'il est question de résilience urbaine : d'un côté, on met l'accent sur la capacité d'un système à absorber des perturbations sans pour autant changer fondamentalement sa structure ; de l'autre, on se focalise sur l'efficience, la constance et la prédictibilité de ce même système (Barroca, 2017). Deux acceptions - respectivement désignées d'ecological resilience et d'engineering resilience par l'écologue Crawford Stanley Holling (1996) - qui présupposent l'existence d'un ou plusieurs états d'équilibre à atteindre. Une telle conception « stabilisée » des systèmes (urbains) renvoie aux canons d'un monde newtonien, lequel considère l'univers comme un agencement appréhendable au moyen de règles mathématiques (Davoudi, 2012) et qui, pour ce qui est de la planification urbaine, se rapproche d'une perspective positiviste, cherchant à établir un ordre spatial et temporel que les solutions modernes ont su incarner en leur temps. Au final, cette vision repose sur l'illusion d'un monde prévisible et n'invite à ne le penser qu'au travers de son contrôle, de sa maîtrise. Bref, des logiques qui ne semblent plus répondre au contexte actuel, au contraire marqué par des crises multiples, récurrentes et, précisément, imprévisibles (Callon et al., 2001).

Un second paradoxe semble émerger lorsqu'on évoque les origines étymologiques du terme résilience. Issue du latin resilire - qui signifie sauter en arrière, reculer rapidement, rétrécir - la résilience insiste sur l'habilité d'un système à encaisser un choc, à le surmonter puis à revenir à son état initial (Holling, 1973). Aptitude sans doute intéressante pour les territoires jouissant d'un état précatastrophe confortable mais qui peut s'avérer une contrainte pour ceux dont les habitants ou les institutions ne jugent pas souhaitable de revenir à une situation « normale » - à l'image de la Nouvelle-Orléans, à la suite des effets dévastateurs de l'ouragan Katrina, où les initiatives conduites au nom de la résilience se sont révélées « mauvaises » tant elles contribuaient à perpétuer un état de fait dysfonctionnel pour ne pas dire nocif (Hernandez, 2010). Ainsi, et malgré sa mobilisation fréquente par les collectivités locales, la notion de résilience pose question dans l'exercice de l'action aménagiste. À l'échelle de la planification et du projet urbain, le terme renvoie la plupart du temps à des dispositifs de protection face aux risques naturels, essentiellement centrés sur le design d'objets techniques finalement peu articulés aux autres dimensions propres à la conception architecturale et urbaine - comme par exemple l'approche sensible et paysagère (Rossano, 2015). En outre, la volonté de retourner à l'état initial, dès lors qu'elle aiguille le planificateur, l'empêche généralement d'envisager des solutions urbaines alternatives et met de côté la dimension créative pourtant caractéristique des disciplines de l'espace (Gunderson et Holling, 2002 ; Bene et Mang, 2015). Enfin, la gestion des situations d'urgence invite trop souvent les autorités à mettre d'avantage l'accent sur la réduction des dommages à court terme que sur le renforcement à long terme des capacités d'adaptation de leurs territoires (Davoudi, 2012).

Ce dernier point est central car il préside selon nous à l'hypothèse d'un quatrième âge de la ville. Élargir le concept de résilience urbaine à celui d'adaptabilité des espaces urbanisés - et a fortiori urbanisables - permet en effet d'élargir la focale du risque en intégrant les incertitudes environnementales, les potentialités des espaces et de leurs paysages. C'est ce que certains auteurs nomment l'evolutionary resilience (Davoudi, 2012 ; Davoudi et al., 2013), perspective selon laquelle les systèmes urbains peuvent être amenés à changer au fil du temps - avec ou sans perturbations externes (Scheffer, 2009) -, voire à évoluer vers un état « radicalement nouveau, avec des caractéristiques profondément différentes du stade original » (Davoudi, 2012). Dans ce contexte, l'on ne saurait réduire le projet urbain à l'agrégation de solutions techniques basées sur l'identification de perturbations prévisibles. Au contraire, il s'apparente à un processus visant l'adaptabilité permanente des territoires sujets à l'effort de conception. Aussi, le projet de la ville adaptable se doit-il de répondre tant aux impondérables environnementaux qu'aux objectifs inhérents à l'habitabilité des espaces urbains (Bene et Mang, 2015). Dès lors, il semble impératif que les concepteurs (architectes, urbanistes et paysagistes) développent des compétences leur permettant d'envisager des systèmes territoriaux complexes, dynamiques, nécessitant la production d'outils et de dispositifs spatiaux spécifiques.

Le projet de la ville adaptable : principes et dispositifs spatiaux

Nous avons cherché à identifier ces dispositifs. En nous basant sur les travaux des étudiants et des recherches complémentaires (Diez Medina et Monclús, 2015), nous avons sélectionné une vingtaine de projets internationaux proposant de concilier production urbaine et gestion des risques associés à la présence de l'eau. Bien que non exhaustive, cette sélection multiscalaire (de la parcelle bâtie au grand territoire, en passant par l'îlot, le quartier et la ville) constitue néanmoins un échantillon raisonné de solutions urbaines et paysagères aux problématiques hydrauliques (cf. tableau 2). Son dépouillement indique que - dans le cas précis du risque d'inondation - l'objectif recherché par les projets est de permettre à la matérialité spatiale d'absorber l'impact de phénomènes naturels violents et/ou non prédictibles, tout en prônant une valorisation des éléments qui les provoquent (l'eau sous toutes ses formes, une topographie accidentée, un sol imperméable, etc.).

Tableau 2. Pour le visualiser, cliquez ici.
Dispositifs spatiaux du projet de la ville adaptable. Source : Ambrosino et Ramirez-Cobo, 2019.

Par ailleurs, une analyse systématique et transversale de l'ensemble de ces propositions (cf. tableau 3) conduit à pointer un certain nombre de partis pris récurrents dans le processus de conception technique, architecturale et urbaine des territoires de l'eau - 1) intégration du risque en amont du projet ; 2) l'eau et ses infrastructures sont pensées comme des coutures et non des coupures ; 3) mise en valeur des paysages hydrauliques.

Tableau 3. Pour le visualiser, cliquez ici.
Stratégies de la ville adaptable et dispositifs spatiaux de mise en valeur des territoires de l'eau. Source : Ambrosino et Ramirez-Cobo, 2019.
Dans le but d'acquérir et d'appliquer des connaissances reproductibles dans des environnements similaires, ainsi que d'étudier des codes graphiques appropriés pour les représenter, les dispositifs spatiaux du tableau 2 ont été catalogués selon la modalité la plus adaptée pour les expliquer, soit en coupe (C), soit en plan (P).

Plus globalement, une lecture approfondie de l'ensemble de ces stratégies nous autorise à énoncer un certain nombre de principes propres au projet de la « ville adaptable »3, validant ainsi notre hypothèse initiale d'un quatrième âge de la ville (cf. tableau 1).

Principe 1 : La relation entre les éléments architecturaux, l'espace viaire et la trame parcellaire
La prise en compte de l'adaptabilité permet de concilier la fonction hydraulique des espaces verts (permettant la perméabilité d'une grande partie des sols et le libre écoulement de l'eau dans le quartier en cas d'inondation) et leur qualification en espaces publics de qualité. Dans bien des projets, l'adaptation aux contraintes hydrauliques devient un vecteur d'urbanité et non une contrainte d'aménagement pesant sur l'habitat ou les circulations. En effet, l'interdépendance des infrastructures hydrauliques, des éléments bâtis et des espaces ouverts oblige à dépasser une approche strictement défensive de la maîtrise de l'eau. Ainsi, la récupération, le cheminement et le stockage de l'eau pluviale deviennent des motifs de compréhension d'un site et de sa topographie tout en rendant solidaires, et cela à plusieurs échelles, des territoires jusque-là pensés séparément.

Principe 2 : la qualification de la forme urbaine
L'adaptabilité oblige à un changement de regard sur l'évolution de certains espaces et de certaines formes de la ville (comme les tissus pavillonnaires ou les grands ensembles). Dans certains cas, les logiques du réseau hydrographique peuvent même dicter celles de la morphologie urbaine, les espaces inondables devenant de véritables paysages et espaces publics à part entière (noues, fossés, strates herbacées, bassins de rétention, terrasses humides, jardins de pluie, water square, etc.). C'est également une opportunité en matière d'innovation architecturale (ou de réappropriation de formes architecturales existantes), les nouvelles constructions étant susceptibles d'assurer la transparence hydraulique (surélévation, constructions sur pilotis) et de prévoir une circulation de l'eau en cas de crue. On note également les sujets spécifiques du rapport à la rue et de l'animation des rez-de-chaussée. L'adaptabilité ne doit pas être mise en œuvre au détriment de l'urbanité et des qualités d'usage, notamment au regard d'un rapport trop distendu entre les constructions et les espace publics.

Principe 3 : l'échelle opérationnelle
L'adaptabilité ne change pas les méthodes du projet urbain : le risque d'inondation fait partie des invariants avec lesquels le projet doit composer, au même titre que d'autres dimensions liées à l'environnement, au patrimoine, au paysage, à la prise en compte de l'urbanisation existante, etc. La réduction de la vulnérabilité apparaît donc comme un potentiel de projet. Toutefois, la question de l'échelle de réflexion est importante, de même que le mode de représentation change de nature : le quartier est un périmètre concret pour trouver une identité et envisager l'adaptabilité alors que le travail à la seule échelle de l'îlot, voire de la parcelle, peine à dépasser la complexité qu'induit l'intégration du risque d'inondation dans le processus de conception. Aussi la ville adaptable s'accompagne-t-elle d'une réflexion en coupe (figures 1, 1.1 et 1.2) - plutôt qu'en plan - et prend en compte les épaisseurs de la ville depuis le sol et ses capacités jusqu'aux volumes construits.

Figure 1. Représentation en coupe des dispositifs spatiaux d'adaptation et de mise en valeur de l'eau. Source : Ambrosino et Ramirez-Cobo, 2019.
Pour la visualiser, cliquer ici.

Figure 1.1. Représentation en coupe (gauche) des dispositifs spatiaux d'adaptation. Source : Ambrosino et Ramirez-Cobo, 2019.
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Figure 1.2. Représentation en coupe (droit) des dispositifs spatiaux d'adaptation. Source : Ambrosino et Ramirez-Cobo, 2019.
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L'eau, la ville et la pente. Dessiner la métropole-montagne

Dans le cadre de notre atelier de projet urbain, les étudiants ont pu développer une analyse diachronique des territoires de l'eau à travers : 1) la morphogenèse de la centralité nord-est de la métropole grenobloise ainsi que 2) l'examen systématique de l'évolution des valeurs paysagères qui leur seront accordées dès le XVIIe siècle (cf. figure 2). Ce premier diagnostic montre que les débordements successifs et meurtriers de l'Isère (tout particulièrement les crues de 1740 et de 1859) conduisent progressivement les édiles locaux à domestiquer la rivière (Cœur, 2008 ; Wiart, 2017). En matière d'urbanisme, cela se traduit par une succession d'aménagements techniques d'ordre défensif et sécuritaire - dont la digue est très certainement le dispositif le plus symbolique, veillant à lutter contre le risque de crue. Tout au long des XIXe et XXe siècles, les institutions, conseillées par les ingénieurs des Ponts et Chaussées, s'efforceront de contraindre les variations naturelles de l'Isère et du Drac pour mieux figer leurs paysages (Rossano, 2015, 2016a, 2016b) dans un état à la fois stable (régulation du risque) et productif (l'eau canalisée devenant une ressource pour l'agropastoralisme et le développement industriel). Cette culture technique du risque et de la gestion des cours d'eau aura pour contrepartie urbanistique une progressive mise à distance de leur tracé, de leurs affluents et, plus généralement, de la structure hydrographique du territoire grenoblois (plaines agricoles, rivières, collines et coteaux) rompant ainsi avec la continuité des infrastructures (vertes ou bleues) propres aux territoires d'une ville alpine. À mesure que l'urbanisation gagne sur cette plaine autrefois lacérée par les méandres instables du Drac et de l'Isère, le paysage de l'eau se pétrifie, s'efface, s'artificialise, la ville lui tournant définitivement le dos.

Figure 2. Morphogenèse de la centralité nord-est de Grenoble-Alpes-métropole. Source : étudiants M1 « Urbanisme et aménagement », IUGA, 2017-2018, montage vidéo AURG, URL : https://www.youtube.com/watch?v=4zdpV9bIg04.
Grenoble est une ville qui a toujours cultivé une relation de domination avec son environnement naturel. Sa localisation privilégiée au pied des massifs et au carrefour de deux vallées justifie sa vocation militaire pendant près de deux millénaires. L'exploitation des ressources montagnardes puis le développement des technologies hydroélectriques conforteront sa mue moderne en une technopole performante et exemplaire. Mais cette domestication croissante des éléments, et tout particulièrement de l'eau, n'est pas exempte d'épisodes tragiques. C'est ainsi qu'en 1740 et 1859, lorsque l'Isère entre en crue, suite à une succession de débordements menaçants, la ville est intégralement inondée. Traumas qui aujourd'hui encore marquent l'inconscient collectif. Car ce ne sont ni les premières ni les dernières crues qui frappent Grenoble, mais celles-ci scelleront pour plus d'un siècle la relation morphologique entre la ville et ses fronts d'eau.


Cette première exploration permettra aux étudiants de qualifier les rapports paradoxaux qui articulent les espaces urbains grenoblois avec leurs fronts d'eau4, caractérisés par : 1) une « amnésie environnementale » symptomatique d'une croissance urbaine essentiellement marquée par la modernité ; 2) l'inadaptation des tissus urbains aux caractéristiques hydrographiques d'une « métropole montagne » (Ambrosino et Buyck, 2018) ; 3) l'application d'un certain nombre de dispositifs réglementaires ne prenant pas suffisamment en compte le cycle de l'eau (notamment à travers son ruissellement le long de la pente) et son impact systémique sur le territoire ; 4) le manque d'urbanité accordée aux interfaces spatiales ville/fronts d'eau. Sur cette base, les étudiants se sont attelés à dessiner plusieurs projets urbains déclinant un certain nombre de grands enjeux susceptibles de nourrir les débats sur ce que pourrait être le projet de sol d'une « métropole montagne » (ibid.). De ce point de vue, ils rejoignent et illustrent les principaux canons de la « ville adaptable » précédemment identifiés. Ainsi sont mis en valeur :
  • Le caractère multiscalaire des projets portant sur les territoires hydrauliques, tant il est vrai que l'eau, suivant des logiques gravitaires, rend solidaires des secteurs diversifiés par leur nature (urbains, périurbains et ruraux) ainsi que leur topographie (les territoires de la pente et ceux de la plaine) (cf. figure 3 « projet Meylan5 »).

Figure 3. Projet « Secteur Meylan ». Source : Atelier M1 UPU (2018).

  • La nécessité de rendre aux tracés de la rivière leur élasticité, et d'envisager les fronts d'eau dans toute leur épaisseur et la diversité de leurs usages. La réflexion sur un parc métropolitain (du parc Paul-Mistral jusqu'à la base de loisirs du Bois français, en incluant boucles et méandres) encouragerait la mise en place/valorisation d'activités multiples (agriculture, récréation, plages urbaines, habitat résilient, laboratoire écologique, etc.) et la création d'un véritable foyer de fraîcheur pour la population locale (cf. figure 4 « projet Parc métropolitain6 »).

Figure 4. Projet du « Parc métropolitain ». Source : Atelier M1 UPU (2018).

  • Le dépassement d'un traitement exclusivement technique du front d'eau grenoblois, à travers l'imbrication de dispositifs innovants de régulation des inondations et de formes urbaines renouvelées (cf. figure 5 « projet Entrée Sablons7 »).

Figure 5. Projet « Entrée Sablons ». Source : Atelier M1 UPU (2018).

Conclusion

Nous sommes rentrés dans le quatrième âge de la ville. C'est du moins le postulat que nous défendons dans cet article. Les effets du changement climatique sur les établissements humains sont tels que bon nombre d'experts invitent désormais les planificateurs à ne plus se satisfaire des seules normes et plans coercitifs portés (notamment) par les services déconcentrés de l'État (Daluzeau et al., 2013). L'interdiction plus ou moins stricte de construire dans les zones à risques, et tout particulièrement inondables (à travers la mise en place des plans de prévention des risques d'inondation), ne semble plus à la mesure des enjeux d'adaptabilité qui pourtant pèsent sur les territoires et leurs modes de conception. Ainsi que l'affirme l'architecte-urbaniste Frédéric Bonnet (2016), les débats théoriques et opérationnels contemporains autour de la notion de résilience urbaine ont permis de faire émerger, plutôt que des cadres régulateurs figés, des dispositifs spatiaux, des projets qui, non seulement, dépassent l'échelle architecturale, mais qui ont également la vertu de déplacer la problématique de la gestion du risque à l'échelle du quartier, des infrastructures et du paysage. L'auteur d'ajouter : « [De] nouvelles méthodes de travail sont nécessaires pour le projet urbain, qui allient une certaine précision (car ces infrastructures préservées doivent se régler au centimètre) avec les nécessaires incertitudes de tout plan d'aménagement. Ces dispositifs spatiaux sont source d'invention : in fine, la contrainte devient une ressource, et l'organisation spatiale apporte un paysage spécifique, une qualité inédite pour les sites ainsi développés » (ibid., p. 19). C'est l'esprit qui nous anime ici. À bien des égards, le projet de la ville adaptable, tel que nous l'esquissons, illustre cette transition nécessaire d'une pensée urbanistique focalisée sur la maîtrise de l'environnement vers un mode de conception des objets urbains articulant qualité des espaces, diminution des risques et mise en valeur des paysages existants.

Les auteurs tiennent à remercier l'ensemble des étudiants de la promotion 2017-2018 du master 1 « Urbanisme et projet urbain » de l'Institut d'urbanisme et de géographie alpine, ainsi que l'Agence d'urbanisme de la région grenobloise (AURG), commanditaire de l'atelier sur « La ville résiliente » - dont une partie des résultats est valorisée ici -, et tout particulièrement Dorian Martin, chargé d'études de l'AURG, pour son implication constante dans le pilotage et le suivi de cet enseignement.

Mots-clés

Ville adaptable, ville de l'âge IV, projet urbain, formes urbaines, résilience, Grenoble
Adaptable city, city of the 4th age, urban project, urban forms, resilience, Grenoble

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Auteur

Charles Ambrosino et Inès Ramirez-Cobo

Charles Ambrosino, maître de conférences en urbanisme, université Grenoble Alpes
UMR CNRS 5194 Pacte.
Courriel : charles.ambrosino@univ-grenoble-alpes.fr

Inès Ramirez-Cobo, architecte et docteure en urbanisme, université Grenoble Alpes
UMR CNRS 5194 Pacte.
Courriel : ines.ramirez-cobo@univ-grenoble-alpes.fr

Pour référencer cet article

Charles Ambrosino et Inès Ramirez-Cobo
Vers la ville de l'âge IV ?
publié dans Projets de paysage le 15/06/2019

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/vers_la_ville_de_l_ge_iv_

  1. Il s'agit plus précisément de la conduite d'un atelier de projet urbain coordonné par Charles Ambrosino et Inès Ramirez-Cobo avec les étudiants du master 1 « Urbanisme et aménagement » de l'Institut d'urbanisme et de géographie alpine. De septembre 2017 à mai 2018, les étudiants se sont penchés sur la problématique de l'inondation au sein des territoires de la centralité nord-est de la métropole grenobloise. Alors engagée dans la rédaction de l'OAP « Risques et résilience », l'Agence a sollicité les étudiant-e-s pour effectuer un benchmark des différents projets d'urbanisme résilient, des modes de restauration des espaces soumis aux aléas hydrauliques, et pour leur capacité à formuler des scenarii de transformation des espaces inondables en véritables territoires urbains.
  2. Néologisme employé pour désigner une sorte « d'îlot-lot » composé d'entités fonctionnelles, programmatiques et formelles à la fois mixtes, architecturalement bigarrées et associant plusieurs maîtres d'ouvrage.
  3. Pour partie, ces principes résultent du travail commun de copilotage de l'atelier de projet entre les auteurs et Dorian Martin, chargé d'études à l'AURG.
  4. L'intégralité du diagnostic est téléchargeable en suivant ce lien :
    http://grand-a.aurg.org/documents/Presentation-AURG.pdf
    .
  5. Projet téléchargeable en suivant ce lien :
    http://grand-a.aurg.org/documents/Projet-Meylan-2.pdf
    .
  6. Projet téléchargeable en suivant ce lien :
    http://grand-a.aurg.org/documents/Parc-metropolitain.pdf.
  7. Projet téléchargeable en suivant ce lien :
    http://grand-a.aurg.org/documents/Projet-Entree-Sablons.pdf
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