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Matières premières

Responsables éditoriaux : Dominique Henry et Monique Toublanc


Paysage(s) et agriculture(s). Pratiques, projets et politiques dans les territoires ruraux et périurbains

Une matière première se distingue du matériau brut dont elle est extraite, par une première transformation, sur le lieu d'exploitation le plus souvent, pour la rendre propre à l'échange. C'est à cette « opération d'extraction » que se livrent ici les quatre auteurs des contributions qui constituent les « Matières premières » à la thématique de ce numéro. Ils sont tous les quatre paysagistes et tirent de leur pratique du projet de paysage et/ou de recherche, et dans tous les cas d'un rapport au terrain, matière à questionnement et à problématisation de la question de lisière : de la ville et de l'agriculture, de l'action du paysagiste et de l'agriculteur, d'un urbanisme rural et des paysages agricoles.

L'une de ces lisières, est celle, par exemple, où cherche à se situer Laurence Renard, en questionnant la juste attitude à adopter pour le/la paysagiste qui intervient en terrain agricole. Habituellement maître d'œuvre et prescripteur des actions à mener, le professionnel du paysage rencontre ici « l'exploitant agricole [qui] a une connaissance très fine du territoire et la capacité d'action de celui qui gère l'espace ». L'apport du paysagiste se joue alors sur d'autres plans, en marge de la mise en œuvre où il serait une sorte d'ensemblier qui rassemble les conditions de réalisation d'une action paysagère avec et par les agriculteurs.

Dans un registre proche, Emmanuelle Bonneau questionne quant à elle l'évolution de la pratique paysagiste dans l'élaboration de documents d'urbanisme pour des territoires ruraux en marge des projets métropolitains, faiblement dotés en outil de planification et en ingénierie territoriale. En prenant appui sur son engagement paysagiste, après avoir un temps participé aux travaux de l'Atelier Arcadie, paysagistes à Bordeaux, et sur celui désormais de l'enseignante-chercheuse, elle cherche à rendre compte, par l'exemple de projets conduits par cet Atelier, d'un « renouvellement d'une pensée paysagère de l'urbanisme dont l'agriculture, en tant qu'espace, économie et activité d'aménagement, serait le levier ».

La démarche que relaie Louise Leconte s'inscrit dans ce même champ de réflexion, si ce n'est qu'il s'applique ici aux lisières agriurbaines de la métropole allemande Cologne-Bohn. À partir des premiers résultats d'une thèse en cours, la paysagiste-chercheuse rend compte d'une déclinaison d'actions pour la prise en compte des paysages agricoles et des « structures paysagères » à différentes échelles, allant de la région métropolitaine aux quartiers. Pour ces derniers, il est notamment discuté des points d'achoppement de projets visant la réalisation d'espaces paysagers linéaires conçus comme manière d'organiser la transition entre espaces construits et espaces agricoles.

Ce sont aussi ces lisières de ville allemande qui a retenu l'attention du paysagiste-dessinateur Dominique Henry dans sa relation d'un « voyage en terres urbaines cultivées » au sud de Stuttgart. Sa démarche inverse en quelque sorte la perspective, en s'intéressant, ici, à l'exemple d'une ferme et de son projet agricole biodynamique en prise avec l'omniprésence urbaine. Ce témoignage en forme de récit dessiné se veut un préalable à ce qui pourrait être un travail plus large de recherche et de projet où il s'agirait alors de questionner la construction et l'élaboration de nouvelles relations de proximité entre l'espace de la ville et des citadins d'un côté, l'activité agricole et sa production alimentaire et paysagère de l'autre.

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