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L'Observatoire photographique du paysage du PNR des Vosges du Nord : de l'œuvre à l'action

The Photographic Observatory of the Landscape of the Vosges du Nord Regional Nature Park: From the Work of Art to Action

12/01/2017

Résumé

Depuis près de 25 ans, les Observatoires photographiques du paysage (OPP) ont été installés dans des structures territoriales qui ont pour mission la gestion de l'environnement, de l'évolution des paysages et du cadre bâti. Dans cet article, nous étudions le cas de l'OPP du Parc naturel régional (PNR) des Vosges du Nord, créé en 1997 et qui est toujours actif aujourd'hui. La stabilité de la structure et des acteurs offre l'opportunité d'analyser sur plus de 20 ans l'évolution d'un dispositif à travers les usages successifs qui en sont faits. Au croisement des politiques culturelles et d'aménagement, l'observatoire connaît en effet une série de déplacements dans ses modalités et ses objectifs. L'analyse de ces transformations permet d'identifier trois paradigmes qui coexistent au fil des années, au gré de la plasticité qu'offre le médium photographique, à la fois document et œuvre, ainsi que des acceptions différenciées de la notion de paysage. Ainsi se dégagent les registres suivants : celui de la représentation, visuelle et symbolique, celui de l'inventaire, avec la volonté d'indexation systématique des paysages du PNR et celui de la médiation auprès des acteurs et des habitants.
For more than 25 years, the Photographic Observatories of the Landscape have been set up within regional structures in charge of environmental management and changes in the landscape and built-up areas. In this article, we study the case of the Photographic Observatory of the Vosges du Nord Regional Nature Park which was created in 1997 and is still active today. The permanent presence of the structure and of the stakeholders makes it possible to analyse over a period of more than 20 years the changes in an observatory through its successive uses. At the crossroads between cultural and regional development policies, the Observatory experienced a series of changes in the modalities of its management and in its objectives. The analysis of these transformations makes it possible to identify three paradigms which coexisted over the years due to the flexibility offered by the photographic medium, which is a document as well as a work of art, and the different meanings attributed to the notion of the landscape. The following registers emerged: that of the representation (visual or symbolic), that of the inventory (with the intent of systematically indexing the landscapes of the regional nature park), and that of the mediation between stakeholders and inhabitants.

Texte

Cet article a été produit dans le cadre du programme de recherche ANR-13-BSH3-0008-01 « Photographie et paysage. Savoirs, pratiques, projets ».

Lorsqu'il est lancé en 1989 par le ministère de l'Environnement, l'Observatoire photographique national du paysage (OPNP) se donne pour objectif de « constituer un fonds de séries photographiques qui permette d'analyser les mécanismes et les facteurs de transformation des espaces ainsi que les causes de ces modifications et le rôle des différents acteurs dans le processus1 ». Il se présente d'emblée comme un moyen et non comme une fin, son objet étant la constitution d'un outil d'analyse des dynamiques à l'œuvre dans les transformations du paysage. Son originalité est alors double au regard des pratiques antérieures. D'une part, le paysage considéré n'est pas nécessairement remarquable mais aussi ordinaire, préfigurant ici les dispositions de la loi Paysage de 1993, puis de la Convention européenne du paysage (2000)2. D'autre part, le dispositif prévoit de faire appel à des photographes professionnels ayant la qualité d'auteur. Une particularité héritée de l'institutionnalisation de la photographie et de sa légitimation en tant qu'art, mouvement entamé dans les années 1980 à travers, notamment, la Mission photographique de la Datar (Bertho, 2009 ; Pousin, 2014). Mené de 1984 à 1988, ce projet prône l'association étroite de l'art et de la culture aux actions d'aménagement, afin d'adjoindre une dimension qualitative du terrain aux expertises quantitatives développées jusqu'alors. Cette genèse, à la croisée des histoires de la photographie et du paysage en France dans les années 1990, n'est pas sans incidence sur les enjeux complexes portés par les Observatoires photographiques du paysage (OPP) aujourd'hui.
Par-delà ce constat, il semble difficile d'écrire aujourd'hui une histoire commune des Observatoires photographiques en France, au vu de la diversité qui préside dès que l'on entre dans l'examen des pratiques de terrain. Depuis près de 25 ans, les Observatoires photographiques du paysage ont été mis en place dans des structures territoriales, qui ont dans leur mission la gestion de l'environnement, de l'évolution des paysages et du cadre bâti. Dans les faits, ils ont été établis principalement au sein des Parcs naturels, des Parcs naturels régionaux (PNR), ou encore des Conseils d'architecture, d'urbanisme et d'environnement (CAUE), et ils font partie intégrante des obligations du label Grands Sites de France. Ce développement a donné lieu à nombre d'adaptations locales au fil des années. Le recensement le plus récent (Chavin et Chevallier, 2015) fait état d'une soixantaine d'observatoires dits « locaux » aux côtés des vingt observatoires « nationaux », la différence entre les deux portant sur le respect systématique ou non de la méthodologie nationale (« Méthode de l'Observatoire photographique du paysage », 2008). Ce critère doit néanmoins être relativisé dans la mesure où même les Observatoires nationaux ont développé une certaine autonomie par rapport à la pratique préconisée par le ministère. En effet, l'idéal d'un outil commun et uniforme porté par le Bureau des paysages au ministère de l'Environnement perdure, donnant lieu à l'organisation de plusieurs actions de rencontre et de débat, sans pour autant que les moyens de réaliser cet objectif soient véritablement engagés du point de vue financier ou de la coordination. De fait, la volonté initiale de déconcentration de l'action s'est transformée en une dynamique de relocalisation du dispositif, lequel est adapté par les acteurs en fonction des objectifs paysagers mais aussi des contraintes pratiques et financières.
Si le lien à l'action constitue un objectif affirmé à l'origine des observatoires, l'articulation aux démarches de projet s'avère plus hypothétique. En effet, la plupart du temps, l'OPP produit son propre fonds documentaire destiné à accompagner les acteurs de l'aménagement, sans pour autant que les modalités soient précisées. Dans le cadre de cet article, nous proposons de nous pencher sur l'Observatoire photographique du paysage du Parc naturel régional (PNR) des Vosges du Nord, où le lien à l'action s'est installé dans la durée, donnant lieu à plusieurs initiatives originales. Cet observatoire apparaît comme caractéristique à plusieurs égards, du fait de son lancement en 1997 dans le sillage de la loi de 1993 d'une part, et de son implantation au sein d'un PNR, d'autre part. En effet les Parcs naturels régionaux sont une terre d'accueil privilégiée de ces initiatives, du fait de l'adéquation du dispositif avec les moyens des parcs et leurs problématiques (« Étude sur les Observatoires photographiques du paysage dans les parcs naturels régionaux », 2015). La longévité de cet observatoire, toujours actif aujourd'hui, ainsi que la stabilité des acteurs impliqués - le photographe effectuant lui-même les reconductions annuelles nous permettent de retracer les évolutions de son statut au fil des vingt dernières années. Il ne s'agit pas ici de s'attacher à l'analyse de l'observatoire comme objet, de son opérabilité en matière d'analyse paysagère (Guittet et Le Dû-Blayo, 2013) ou de médiation (Paradis et Lelli, 2010). Nous souhaitons considérer les usages qui sont faits de l'observatoire et leurs évolutions, soit le rapport entretenu par les différents acteurs, agents du parc, photographe, élus et habitants avec le dispositif et ses images.

Les usages des images, réunion de travail à la maison du parc, PNR des Vosges du Nord, mai 2016. Crédit : Raphaële Bertho.

Ce parti pris nécessite d'articuler les histoires institutionnelles du PNR et des OPP, celle des politiques culturelles et paysagères nationales avec les témoignages des acteurs au niveau local3. Cette méthodologie a pour objet de mieux cerner les discours qui sous-tendent l'action et la dirigent. L'évolution des usages de l'OPP des Vosges du Nord durant les vingt premières années de son existence s'organise autour de trois paradigmes, qui définissent chacun un rapport à l'observation. Il ne s'agit pas uniquement d'une succession de discours, mais plutôt d'un déploiement des possibilités offertes par un dispositif d'Observatoire photographique pratiquement inchangé. Ces transformations sont provoquées par l'évolution des enjeux concernant tant l'objet observé, le paysage, que l'outil d'observation, la photographie, au niveau local comme national. Au temps de l'œuvre des années 1990, dominé par la revendication d'une qualité prioritairement esthétique des images visant à « révéler » un paysage patrimonialisé, succède, dans la seconde moitié des années 2000, celui de l'exigence de rationalisation de ce fonds photographique, allié à une volonté de gestion accrue de l'aménagement des paysages « remarquables » comme « quotidiens ». Les années 2010 voient émerger le temps de la médiation renforcé par les exigences liées au développement durable d'une part, et à la participation citoyenne, d'autre part. N'étant plus seulement considéré comme une fin en soi, l'OPP devient alors une matière première pour la création de nouveaux outils. Avant d'en arriver à l'analyse de ces usages, nous reviendrons dans un premier temps sur les conditions d'implantation du dispositif des OPP dans le PNR des Vosges du Nord et sur la manière dont ce dernier répond à des attentes tant pratiques qu'esthétiques.

La rencontre d'une politique territoriale et d'une politique culturelle

Le projet des Observatoires photographiques du paysage s'inscrit à la croisée des politiques publiques paysagères et culturelles. De ce point de vue, il présente de fortes similitudes institutionnelles avec l'expérience de la Mission photographique menée par la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (Datar) quelques années auparavant, entre 1984 et 1988 (Bertho, 2013). L'ambition des aménageurs est alors de solliciter les photographes considérés en tant qu'artistes afin de participer au renouvellement de la conception du paysage, suivant là une réflexion déjà engagée par les géographes, mais aussi les historiens, écologistes, philosophes et plasticiens depuis une décennie (Dagognet, 1982 ; Roger, 1995). Allant plus loin, ces deux initiatives d'ampleur nationale s'inscrivent à la fois dans une politique d'aménagement orientée vers une prise en compte accrue de la valeur paysagère, et une politique culturelle orientée vers la légitimation de la valeur artistique des travaux photographiques. La continuité des enjeux entre le projet de la Datar des années 1980 et celui des OPP initié en 1991 est de ce point de vue remarquable, malgré des différences formelles évidentes (Bertho, 2009). Cette orientation nationale s'inscrit elle-même dans une dynamique européenne selon laquelle les politiques d'aménagement doivent intégrer des composantes culturelles (entretien avec Josiane Podsiadlo, 2016). À l'occasion de la présentation des premières campagnes photographiques lors d'une exposition à la Cité des sciences et de l'industrie en 1994, une publication (Stefulesco-Guilloteau, Quesney et Ristelhueber, 1994)4 détaille les ambitions et les enjeux de ce dispositif décentralisé d'Observatoires photographiques qui répond toutefois à un protocole a priori uniforme. Un comité de pilotage, constitué d'élus, de professionnels et d'associations définit les enjeux paysagers du territoire. Un dialogue avec un photographe professionnel conduit à la production d'un itinéraire structurant une suite de points de vue stratégiques. Ceux-ci font ensuite l'objet de campagnes de reconduction photographique à intervalles réguliers dans le temps. Dans une perspective de décentralisation, l'objectif est que ces structures d'OPP s'autonomisent à terme, tout en conservant un fonctionnement commun.
Afin de mieux comprendre comment ces orientations nationales rencontrent les préoccupations des agents du PNR des Vosges du Nord et conduisent à la création d'un OPP, il convient de considérer le contexte spécifique de cette institution. À l'origine, quatre missions sont confiées aux PNR : la protection et la gestion des patrimoines naturels et culturels, l'aménagement du territoire, le développement économique et social ainsi que l'accueil, l'éducation et l'information des publics. Ces missions n'ont cessé de se diversifier, répondant aux incitations des différentes politiques publiques.
Au début des années 1990, dans le langage des politiques publiques, le développement durable se généralise. Les PNR s'approprient le terme pour qualifier leur projet territorial qui, à leurs yeux, s'inscrit de longue date dans une telle perspective, articulant les dimensions économiques, environnementales et sociales. Toutefois, la notion de développement durable fait bien plus que labelliser une forme de gestion intégrée à la dimension environnementale. Elle modifie le registre de l'action et introduit une complexité nouvelle. En effet, le développement durable incite à dépasser les approches statiques et ancrées dans un territoire, telles que l'entretien d'un paysage donné ou la maîtrise des processus environnementaux locaux. Il invite à penser en termes d'interactions complexes et de flux, remettant en cause les logiques de périmètre pour cadrer l'action. Le développement durable bouscule aussi les approches temporelles de l'action traditionnelle, il ouvre sur des échelles temporelles beaucoup plus vastes (Baron, Lajarge, 2015).
Par ailleurs, les PNR sont des créations administratives qui doivent construire leur légitimité institutionnelle afin d'être reconnues localement et nationalement, notamment en se forgeant une identité propre et aisément reconnaissable. Comme le montrent bien Nacima Baron et Romain Lajarge (2015), ils ont su saisir l'opportunité offerte par le concept de paysage culturel, promulgué par l'Unesco en 1992. Celui-ci s'entend comme un ensemble constitué d'entités naturelles diversifiées, mais aussi architecturales, organisé au niveau d'un territoire assez vaste. La dimension « culturelle » conduit à associer des traits distinctifs qui relèvent tant de l'écologie, que de l'histoire ou de l'ethnologie. Cet ensemble hétérogène prend véritablement corps à travers un exercice de mise en images. Un an plus tard, la loi de 1993 associe explicitement les PNR à la mission de « préservation des paysages », lesquels vont se saisir des outils qui se mettent en place à l'époque, parmi lesquels les Observatoires photographiques du paysage (Dérioz, 2013).
L'arrivée des OPP est cohérente avec cette nécessité de « faire image », alliée à une vision prospective liée au développement durable qui nécessite d'appréhender les phénomènes dans leur transformation, dans leur dynamique, ainsi que dans une temporalité longue. De plus, la méthodologie des itinéraires apparaît en phase avec les nouvelles formes d'appréhension spatiale des territoires. Toutefois, la dimension prospective, si elle est affirmée, n'est pas précisée par le ministère lors de la mise en place des OPP. La longévité souhaitée pour le dispositif reste implicite et ne donne lieu à aucune directive claire. En revanche la dimension du projet, c'est-à-dire celle d'une action intentionnelle de transformation d'états jugés non satisfaisants, est dès le départ inscrite parmi les objectifs de l'OPP. En tant qu'outil propre dédié au paysage, il instaure celui-ci parmi les problématiques portées par la politique du PNR des Vosges du Nord. Son territoire est un territoire forestier, rural, dont l'urbanisation représente moins de 5 %. Un des enjeux de l'OPP est indéniablement de produire une représentation non caricaturale de la ruralité, une ruralité active, forestière et agricole (entretien avec Marc Hoffsess, 2016). Une telle représentation a pour objectif de convaincre les élus et d'accompagner leurs actions au sein des communes du PNR. Du côté des territoires urbanisés, l'enjeu est différent et, pour une part, encore empreint d'une idéologie anti-urbaine, fréquente dans les territoires majoritairement ruraux. Il s'agit de montrer la déprise des activités au sein des villages et les transformations spatiales engendrées, ainsi que de rendre compte des phénomènes de développement et de repeuplement des campagnes, notamment par les nouveaux habitants, à travers les lotissements, les zones d'activités et les implantations d'entreprises dont se dote le territoire. L'OPP est ainsi considéré comme un outil destiné principalement à la sensibilisation des élus et des habitants aux qualités paysagères du territoire du PNR et aux dynamiques de transformation à l'œuvre, à moyen et long terme.
C'est le ministère qui va mettre en contact les agents du PNR des Vosges du Nord avec le photographe Thierry Girard, étranger au territoire et ignorant de ses enjeux. Cette dimension de « dépaysement » est d'ailleurs prescrite par les initiateurs du projet des Observatoires : « Nous insistons sur l'idée d'avoir recours à des artistes photographes qui posent sur le paysage un regard extérieur, indépendant de tout intérêt politique, économique ou technique5. » Détaché des enjeux liés aux lieux, tout du moins dans un premier temps, le photographe est mû par des motivations propres. Dans le cas de Thierry Girard, le projet d'Observatoire rencontre sa trajectoire de création de manière opportune. Après plusieurs années consacrées à une approche plus métaphorique, la dimension documentaire de la commande lui permet d'entrer « dans le vif du monde » (entretien avec Thierry Girard, 2016). Ainsi qu'il l'exprime au terme des huit premières années de l'OPP : « [...] cette sollicitation intervenait à un moment où, après avoir longuement photographié des paysages de plus en plus dépouillés et austères, il me semblait nécessaire de retrouver des paysages plus proches de notre quotidien, des paysages ordinaires en quelque sorte, qu'il me faudrait alors traiter avec moins d'affect, plus de distance, retrouvant ainsi, enrichie de mes expériences récentes, cette tradition de la photographie documentaire dont je suis issu. » (Girard, 2004, p. 11)
Les motivations du photographe sont ainsi très éloignées de celles des commanditaires, le PNR comme le ministère, qui cofinancent l'OPP pendant les trois premières années. Une divergence qui n'apparaît pas comme problématique au départ, l'ambition du dispositif étant d'introduire une dimension dite « sensible », portée par le photographe considéré en tant qu'artiste, dans la pratique de projet des acteurs du PNR.

Le paradigme de la représentation, du regard à l'œuvre

Dans la perspective de croiser politique d'aménagement et politique culturelle, les Observatoires photographiques du paysage ont pour objet de faire travailler de concert deux cultures professionnelles, celle des photographes et celle des experts, autour d'un objet a priori commun, le paysage. Pour Bernard Latarjet, initiateur du projet de la Datar des années 1980, « la responsabilité des créateurs est plus importante que jamais. Ils restent sans doute les seuls à redonner chair et signification à cette réalité avec laquelle nous entretenons un rapport de plus en plus abstrait, les seuls à donner forme à notre besoin de spiritualité, les seuls à formuler, avec l'évidence et la complexité inépuisable de l'expression symbolique, le sens de notre rapport au monde et de notre destin. » (Latarjet, 1992, p. 16). Les artistes sollicités, ici les photographes, répondent ainsi à un besoin de représentation6, entendu comme l'expression symbolique qui témoigne d'un rapport à la société et au monde. Il s'agit autant de donner à voir que de donner à penser le monde contemporain à travers ces artefacts visuels que constituent les images photographiques. La mise en dialogue de ces acteurs, photographes et aménageurs, doit permettre de valoriser une perception « sensible » du territoire (Rancière, 2000) jusque-là mise à l'écart au profit d'une approche analytique et statistique. L'image photographique est ainsi convoquée afin d'articuler pratiques esthétiques et pratiques politiques, entendues ici comme la conduite des pratiques de gestion et d'aménagement du PNR.
Le principe des Observatoires photographiques se fonde donc sur une dualité de l'usage des images produites. Dès le départ, les clichés ont un double statut, d'œuvre car produit par un photographe sollicité en tant qu'auteur, mais aussi de document, soit une attestation visuelle d'un état des lieux. Cette dimension duale est confortée par le protocole qui encadre strictement les prises de vue. Le choix des sujets doit se faire en fonction des orientations données par le comité de pilotage. De plus le photographe doit renseigner très précisément, à des fins de reconduction mais aussi d'analyse, les conditions de la prise de vue avec notamment la géolocalisation, la date et l'heure, l'orientation et la hauteur de l'appareil ainsi que le positionnement du trépied. Cette dualité originelle est envisagée au départ comme une forme d'enrichissement mutuel des images qui répondent de fait à des exigences tant opérationnelles qu'esthétiques. Si elle participe effectivement du rayonnement des Observatoires dans le temps avec la valorisation des images produites, elle peut cependant constituer dans un premier temps une forme de frein à son opérationnalité.
La manifestation organisée par le PNR en 2004 pour valoriser le travail accompli dans le cadre de l'OPP, ainsi que la publication qui l'accompagne, semblent révélateurs de cette tension.

Ouvrage édité en 2004 par le PNR à partir du travail de Thierry Girard, Vosges du nord. L'Observatoire photographique du paysage. Crédit : Thierry Girard.

L'événement public et l'ouvrage comportent chacun deux volets : l'un esthétique et l'autre pédagogique. Une telle partition souligne ici que le dialogue souhaité entre les deux approches, celle du photographe et celle des acteurs du PNR, n'a pas abouti à une synthèse.
Un premier volet consacre les images en tant qu'œuvres. L'exposition présente les travaux sur le modèle des Beaux-Arts avec une exposition classique de tirages sous marie-louise. Ce dispositif invite implicitement les visiteurs à la contemplation du travail d'un artiste, sans rappel dans la forme adoptée des contraintes inhérentes à la production des clichés. De la même façon l'ouvrage s'organise sur le modèle d'un livre de photographies, lequel présente « l'univers de l'artiste », pour reprendre les mots de l'introduction de Sylvain Morand, conservateur des collections photographiques du musée d'Art moderne et contemporain de Strasbourg (Girard, 2004). En effet, du point de vue du photographe, la dimension documentaire, ou plus exactement « informée » des images à travers la négociation des points de vue avec les membres du comité de pilotage, ne constitue aucunement un frein à leur qualité esthétique. « J'ai rarement un paysage avec un face-à-face. Il y a toujours des éléments de rupture, des échappées. J'ai toujours beaucoup joué sur la diversité des écrans, de troncs, de branchages... J'ai appliqué une pratique personnelle à mon traitement de paysage naturel OPP et ça a plutôt bien fonctionné par rapport aux problématiques énoncées » (Girard, 2016- a). Au fil des années la commande du PNR prend même une importance inattendue au sein de sa pratique personnelle. En effet les exigences de l'Observatoire impriment un certain rapport au territoire qui influence son travail, comme par exemple la série D'une mer l'autre, une traversée de la France de la Méditerranée à la mer d'Iroise (2000-2002). La symbiose n'est pas tout à fait complète cependant, car la sélection qui est mise en avant par Thierry Girard en 2004 est indépendante des choix du comité de pilotage. L'œuvre fait un pas de côté par rapport au fonds documentaire de l'Observatoire.

La maison du parc, PNR des Vosges du Nord, mai 2016. Les photographies, encadrées sous marie-louise, sont exposées sur le modèle de l'exposition de 2004. Crédit : Raphaële Bertho.

Le second volet de la manifestation organisée en 2004 se veut plus didactique, à travers la mise en place de bâches sur lesquelles les images imprimées de l'Observatoire sont commentées à destination du public. Dans le même ordre d'idée, la publication est accompagnée d'un CD-Rom inséré en fin d'ouvrage qui permet de consulter l'ensemble des clichés, et non plus une sélection, lesquels sont géolocalisés. Dans l'un et l'autre des dispositifs, il apparaît clairement que les images ne se suffisent pas à elles-mêmes, elles doivent s'accompagner d'informations qui explicitent et orientent la compréhension du visuel en réduisant sa polysémie. Ce travail est réalisé de manière autonome par les agents du Parc, car si la méthode des Observatoires photographiques telle qu'elle est préconisée par l'équipe du Bureau des paysages au ministère de l'Environnement encadre strictement le protocole de production des images, elle laisse pratiquement en jachère la question de l'usage de ce fonds. Ce parti pris est fondé sur le principe que les recueils de données visuelles constituées par les images photographiques vont pouvoir donner lieu à une interprétation empirique a posteriori, dans la droite ligne des enjeux identifiés a priori par le comité de pilotage notamment. Ce positionnement épistémologique légitime ainsi la constitution d'une archive visuelle dont l'exploitation peut ne pas être entrevue d'emblée et qui se construit finalement au fil des usages, en se fondant sur la dynamique créée par la rencontre des cultures professionnelles évoquée précédemment.
Il semble ici que la confiance accordée aux pouvoirs de l'image n'ait pas eu tous les effets escomptés. Le statut ambivalent des images, œuvre d'un côté et document de l'autre, crée une forme de brouillage des genres pour les agents du PNR, les élus et les habitants. Quand l'œuvre réclame le respect de son intégrité, le document est par définition manipulable. Quand la valeur de l'œuvre se mesure communément à l'investissement du regard de l'artiste, la qualité documentaire est au contraire évaluée à l'aune d'une forme de transparence au réel. Si l'histoire de la photographie a largement remis en cause la binarité de cette partition entre art et document (voir notamment Lugon, 2001), elle reste prégnante dans le cadre de la réception de ces travaux pour des non-spécialistes de l'image. In fine les agents du Parc constatent que la réaction des habitants s'est révélée, en tant que telle, totalement illusoire pour être représentative d'une quelconque problématique. Non intégrée à un processus d'interprétation, elle demeure une réaction individuelle, peu significative (entretien avec Éric Brua, 2016). La démarche reste peu lisible pour les habitants, et est considérée comme dépréciative par les élus. La valorisation de l'OPP des Vosges du Nord en 2004 a finalement l'effet contraire à celui escompté : les responsables politiques considèrent que ce point d'étape doit servir de bilan d'une expérience peu concluante et coupent les subventions.
Si l'outil fascine par ses potentialités, il ne convainc pas les experts par son opérationnalité et reste incompréhensible pour les élus et habitants. La dimension artistique prend le pas sur l'aspect documentaire. Les images y sont cantonnées dans un rôle de faire-valoir sans vraiment être interrogées sur leurs capacités à agir et semblent donner à la mutation paysagère une valeur intrinsèque : « En lui accordant son autonomie on lui permet de faire image, mais pas pour autant de faire sens. » (Briffaud, 1999, p. 65.)

Le paradigme de l'inventaire, du regard à l'information

La dimension opérationnelle des OPP est régulièrement questionnée au niveau national, dans le cadre de la revue Séquences Paysages (1997 et 2000) mais a déjà été interrogée à l'occasion des rencontres organisées à Rochefort en 1999 (« Itinéraires croisés », 2000). Dans le PNR des Vosges du Nord, on observe plusieurs modalités de réponse à cette exigence de renforcer le lien entre OPP et action. Ce faisant, on observe une extension progressive du territoire couvert par l'OPP, due à l'augmentation progressive des points de vue, associée à un travail de description systématique des clichés. La valeur artistique des images n'est plus seule garante de la qualité de l'OPP, lequel tend à devenir un inventaire visuel du territoire du PNR et de ses problématiques.
Dans un premier temps, le champ d'action de l'Observatoire s'élargit donc avec l'ajout de nouveaux points de vue qui accompagnent le déplacement des préoccupations des chargés de mission à partir des années 2000, avec l'adoption de la Convention européenne des paysages (ratifiée en 2006), la mise en avant des paysages « extraordinaires et ordinaires » ainsi que la montée des problématiques liées au développement durable. Si cette évolution ne règle pas la question de l'opérationnalité des images, elle légitime l'existence de l'OPP en se fondant sur son potentiel documentaire cette fois. Un tel élargissement de l'archive (une soixantaine de points de vue supplémentaires) nécessite aussi une adaptation du protocole de reconduction, et un premier pas de côté par rapport à la méthodologie nationale. Les points de vue « épuisés » du fait de l'évolution du terrain (construction d'un mur, développement de la végétation) sont distingués de ceux considérés comme « actifs », reconduits annuellement, ou « stabilisés », reconduits selon un pas de temps plus lâche.
La fin de la première décennie des années 2000 est une époque charnière pour le Parc des Vosges du Nord, l'OPP local, comme pour le dispositif des OPP au niveau national. Le ministère relance la dynamique des Observatoires avec l'organisation d'un colloque7, la mise en ligne des images8 et la réédition d'une méthode actualisée en 20089. L'OPP des Vosges du Nord, arrêté en 2005 faute de financement, peut reprendre grâce au soutien de la Diren en 2009, sous l'égide d'un nouveau directeur. L'arrivée de nouveaux acteurs permet d'engager un questionnement de fond sur le rôle de l'OPP par rapport aux missions du PNR et de ses usages possibles. De ce point de vue, l'arrivée d'une chargée de mission responsable de l'OPP contribue à modifier le statut accordé à ce fonds : « Il y a un temps d'appropriation qui a été très long pour moi, mais qui est très intéressant et qui me permet d'avoir envie de le partager autrement, et de comprendre pourquoi les gens ne sont pas forcément sensibles et de chercher d'autres ressorts pour les intéresser et rendre lisible ce qui ne l'est pas instantanément, ou pas aussi facilement. » (Entretien avec Rita Bauer, 2016.)
L'OPP, jusque-là considéré comme un projet foncièrement autonome, est intégré aux activités des agents du PNR des Vosges. Lors de la révision de la charte, amorcée en 2010 et finalisée en 2014, les points de vue sont sollicités comme sources primaires. Ils servent de preuves pour l'établissement des diagnostics territoriaux qui sont ensuite transmis aux communes pour leurs documents d'urbanisme. De plus, les photos et leurs reconductions sont repositionnées dans les unités paysagères qui leur correspondent, dans un but de démonstration sur les effets à long terme des pratiques d'aménagement. Répondant à une demande du ministère, un ensemble de 18 points de vue est imposé afin d'illustrer les structures naturelles de référence et les ensembles urbains remarquables. En outre, une vingtaine de nouveaux points de vue sont proposés par les agents du parc, ce qui permet de les impliquer dans le développement du fonds et d'envisager ses usages. Le PNR remobilise donc l'OPP dans ses pratiques d'analyse paysagère.
La relance de l'OPP en 2009 correspond aussi à une évolution de la posture du photographe Thierry Girard, lequel introduit la couleur et impose sa pratique de la chambre photographique. Deux changements majeurs qui sont guidés par des considérations liées tant aux exigences de l'Observatoire qu'au travail personnel du photographe. L'adoption du grand format est chose commune sur la scène artistique de la photographie de paysage. L'usage de cet appareil professionnel exigeant permet de se démarquer des images réalisées pour des usages privés. De plus il autorise la réalisation de tirages de très grand format qui sont prisés sur le marché de l'art. Cela permet donc une meilleure valorisation du travail de l'auteur, tout en conférant une valeur documentaire supplémentaire à l'OPP du fait de l'extrême précision des clichés. La couleur apporte une information additionnelle sur l'évolution de paysages urbains, avec le passage progressif des teintes pastel des façades à une escalade acidulée. Cependant il faut noter que cette dernière transformation n'est pas systématique, et certains points de vue restent reconduits en noir et blanc quand cela suffit à l'observation. Ambition documentaire et ambition esthétique sont ici en synergie.
Ce travail d'intégration de l'OPP à l'action des agents du PNR correspond à un changement de paradigme dans le rapport au savoir du fait de l'informatisation de la société, avec l'idée que la saisie numérique du réel va permettre de le maîtriser d'une certaine manière. Cela se traduit par la numérisation des tirages, leur géolocalisation systématique et l'analyse des variables paysagères afin de constituer une base de données efficiente. L'ambition de l'inventaire est particulièrement sensible dans l'augmentation exponentielle des points de vue reconduits, allant de 40 en 1997 à plus de 200 aujourd'hui, avec une modulation du pas de temps en conséquence.

Capture d'écran du site de l'OPP du PNR des Vosges du Nord. Source : http://www.parc-vosges-nord.fr/OPP/ ; © PNR des Vosges du Nord/Thierry Girard.
Si le document photographique devient un support d'expertise, il ne semble toujours pas efficient pour les missions du PNR en direction des habitants. Numérisées, les images de l'OPP circulent plus librement et sont diffusées à des fins de sensibilisation, dans le cadre de conférences ou sur le site Web du PNR. Les images « sortent du placard », au sens littéral comme au sens figuré. Cependant, cette mise à disposition des images apparaît comme insuffisante, et l'ensemble nécessite un véritable travail de médiation. Une dimension qui semble en partie préfigurée par la publication sur le blog personnel du photographe (Girard 2009, 2012, 2014) de ses dialogues avec des habitants lors de ses prises de vue.

Capture d'écran du blog de Thierry Girard, « Des images et des mots », où est présentée sa chambre photographique en introduction de son premier billet sur l'OPP en 2009. Source : https://wordspics.wordpress.com/2009/03/19/de-lobservation-des-paysages/. Crédit : Thierry Girard.

Le paradigme de la médiation, du regard au projet

La poursuite des conditions d'opérationnalité de l'OPP ouvre un dernier volet qui fait suite aux temps du sensible et de l'expertise. Dans les années 2010, l'exigence de participation traverse l'ensemble de l'action publique et vient mettre l'accent sur les missions des PNR de sensibilisation des élus et des habitants aux problématiques liées à la gestion du territoire. La mise à disposition des informations s'étant avérée insuffisante, la communication de ces dernières doit se faire à travers la mise en œuvre de nouveaux outils de médiation. Le PNR des Vosges du Nord recrute une paysagiste à cet effet. L'usage de l'OPP se déplace encore une fois, de même que le statut accordé aux images : œuvre et document, elles deviennent une matière visuelle manipulable. Cette désacralisation de la photographie, condition sine qua non et conséquence de la médiatisation, permet d'engager résolument l'OPP vers l'action, et par conséquent de le lier plus fortement aux démarches de projet.
Tout d'abord, il apparaît stratégique d'associer le plus possible l'OPP aux actions du Parc. Cet objectif entre en cohérence avec la nouvelle charte du PNR qui, comme on l'a vu, a déjà été l'occasion d'intégrer l'OPP aux actions de diagnostic et d'analyse portées par les différents chargés de mission. Historiquement, c'étaient surtout les chargés de mission en architecture et en aménagement qui étaient acquis à la démarche et convaincus de l'intérêt d'une archive photographique cohérente et mobilisable ; mais à présent, l'objectif est de solliciter le plus d'acteurs possible du parc, et notamment ceux du pôle nature, pour recourir à l'OPP. En effet, l'articulation des enjeux écologiques et paysagers constitue une problématique majeure de l'aménagement du territoire aujourd'hui. Il s'agit alors de se prémunir d'un rejet de l'action au prétexte d'une atteinte à la qualité visuelle du paysage, afin de promouvoir une prise en considération des dynamiques écologiques. Il s'agit par exemple d'arriver à changer le regard sur un paysage de fond de vallée qui s'enfriche, pour en faire un paysage de nature et de biodiversité. De façon presque paradoxale, l'action de médiation use de l'image photographique pour dépasser une approche seulement visuelle, ou esthétique, du paysage.

De fait, une réflexion sur le contenu même de l'image photographique s'avère nécessaire, car l'information contenue dans le fonds photographique ne se livre pas d'elle-même, elle nécessite un dévoilement particulier mené dans deux directions. La première consiste à expliciter le contenu descriptif de l'image, par la mise en œuvre d'une forme d'interprétation qui canalise la polysémie de l'image photographique. L'interprétation au moyen d'un schéma, d'un commentaire, ou d'un croquis est une modalité habituellement pratiquée par les paysagistes et qui paraît ici appropriée. Mais cela ne saurait suffire. Suivant l'objet décrit, l'interprétation peut s'avérer malaisée. Ainsi, la lecture des paysages naturels est-elle plus délicate pour un public non averti que celle des paysages urbains, où les enjeux d'aménagement sont davantage perceptibles et partagés. « Là, ce paysage de forêt en arrière-plan, pour un quidam qui regarde, c'est de la forêt. Mais pour quelqu'un qui connaît la forêt des Vosges du Nord, il voit très bien comment elle est gérée, juste en la regardant, ou pas gérée ou mal gérée. Il y a des choix humains qui sont énormes dans l'impact paysager. » (Entretien avec Éric Brua, 2016.)

La seconde direction consiste à faire émerger des questions transversales relatives aux différentes séries photographiques du fonds, pour décrire des éléments de composition du paysage et les mutations qui lui sont liées. Sur le territoire des Vosges du Nord, plusieurs thématiques peuvent ainsi être mises en exergue : les fonds de vallée en friche, les zones d'activités, les tourbières, la rénovation du bâti patrimonial... L'entrée thématique instaure ici une distance par rapport aux lieux, pour impliquer plusieurs communes ou conforter des ambitions plus larges du Parc quant à ses missions de conservation ou de gestion des patrimoines bâtis et naturels. La réflexion sur les transversalités rejoint les questionnements stratégiques menés au sein même du parc.
Ensuite, il convient de rendre le fonds photographique accessible, d'en élargir la consultation et la diffusion. « On a besoin de quelque chose de manipulable. Le fait de le rendre manipulable est une étape primordiale. Avoir quelque chose qu'on puisse transmettre autrement que par le numérique et sans avoir à abîmer le tirage original. » (Entretien avec Rita Bauer, 2016.) Autrement dit, il n'est plus envisageable de se cantonner à contempler les photographies, comme des œuvres sur les cimaises d'une exposition ou en tant que documents sur l'écran d'un ordinateur. Il faut rendre matériellement possible la manipulation des images de ce fonds. Dans ces conditions, les photographies peuvent servir de support à des débats sur le paysage au service du projet, elles sont vues comme un outil de gestion en commun du territoire. « On veut partager l'expérience collective, donner à voir, essayer de construire, de se projeter dans l'avenir au regard de ce qu'il s'est passé. » (Entretien avec Romy Baghdadi, 2016.) Les destinataires de ces images explicitées sont principalement les élus, les habitants et le public du Parc. L'un des effets de la médiation devrait être de créer une communauté intéressée à faire sienne et à partager les représentations du parc.

Ces ambitions nécessitent l'élaboration d'outils de médiation afin de permettre de développer une meilleure compréhension des dynamiques paysagères, visuelles et non visuelles. Dans cette perspective, la chargée de mission varie les supports afin de toucher un public différencié, via des brochures destinées à susciter et à accompagner les actions à conduire sur le paysage, la création d'un site Web interactif pour l'éducation du public et la tenue de réunions publiques avec les habitants et les élus.
Les brochures présentées ci-dessous, orientées projet, mettent en scène des extraits des séries photographiques. Celle-ci sont d'abord inscrites dans les grandes problématiques de la charte du PNR, puis contextualisées par rapport aux enjeux des atlas de paysage et aux objectifs de la charte. Les photos montrant une évolution du paysage sont commentées au moyen de croquis, annotés et légendés, qui sélectionnent et hiérarchisent l'information que recèlent les photographies. Le dessin thématise ici l'image photographique qui atteste la présence des phénomènes dans l'espace. Avec la médiation, le dessin est autant outil de démonstration - lorsqu'il identifie des paysages types - que d'anticipation - lorsqu'il donne à voir un état souhaité, susceptible d'embrayer une démarche de projet. Ces brochures inscrivent les séries photographiques de l'OPP au sein d'une tension entre image et croquis qui caractérise la culture aménagiste du paysage.

Page extraite d'une brochure d'analyse de l'évolution des paysages de nature et de biodiversité, réalisée par Romy Baghdadi. Ici sont commentées la fermeture du paysage et la disparition progressive de la ruine du Lutzelhardt. Crédit Sycoparc/Thierry Girard.

Sur le Web, un outil interactif de lecture de paysage est proposé à destination des divers publics du Parc, s'inscrivant pleinement dans la mission éducative de celui-ci. Une série de vignettes légendées, déployant l'image photographique, vient expliciter les contenus paysagers du territoire du PNR des Vosges du Nord. Avec ce dispositif, le parc communique sur son territoire et fait œuvre de pédagogie.

Document pour un site Web, extrait de « Comprendre un paysage. Réflexion sur un support interactif et ludique » Crédit Sycoparc.

Enfin des réunions publiques sont organisées durant lesquelles sont commentés et soumis à la discussion des tirages plastifiés des photographies du fonds. Ceux-ci, réalisés spécialement pour servir de support à différentes actions de sensibilisation, sont aisément manipulables. Ils peuvent servir à recueillir des commentaires, témoignages ou expériences, ils peuvent être annotés, classés, associés à des questionnaires. On retrouve ici autant des techniques sociologiques comme la photo-élicitation, soit la photographie utilisée comme support d'entretiens10, que des dispositifs d'enquête sur la satisfaction procurée par les visuels présentés dans le but de canaliser l'observation et la description des paysages vers l'identification précise des facteurs du changement. Un ensemble d'actions hétérogènes dont le principal point commun est finalement la prise en main, littérale, des images par les participants. La posture de ces derniers diffère radicalement de celle de l'exposition de 2004. Alors qu'ils étaient spectateurs du paysage, les voilà acteurs de son devenir. Loin d'être anodin, ce déplacement traduit symboliquement la volonté des acteurs du PNR de développer la maîtrise des habitants sur le devenir de leur territoire.

Image plastifiée réalisée à partir du point de vue du site 34 bis à Epping.
Photographie originale de Thierry Girard prise en octobre 2013. Crédit : Raphaële Bertho.

Conclusion

Le projet de l'OPP des Vosges du Nord a pris de l'ampleur au fil des années. Non pas seulement du fait de l'augmentation régulière du fonds photographique due à l'ajout de nouveaux points de vue et des reconductions, mais il a pris une place de plus en plus centrale dans l'action des agents du PNR. Cette évolution est le résultat, nous l'avons vu, d'un déplacement régulier du paradigme de l'observation et du photographique, suivant les conceptions de l'approche paysagère, les priorités politiques et le rôle attribué à la structure commanditaire. D'œuvre, l'image devient outil de connaissance puis agent de médiation d'un paysage qui est entendu de façon extensive, passant de la notion de site à celles d'écosystème puis de médium. Il faut néanmoins ici relativiser l'effet de succession produit par l'analyse, en lien étroit avec notre étude de cas. En effet, les pratiques ne s'excluent pas mutuellement mais se complètent et se cumulent. Les images de l'OPP conservent aujourd'hui leur statut d'œuvre à part entière, avec en prévision, pour les 20 ans de l'Observatoire un livre et une exposition, tout en étant diffusées en ligne sur une base de données et intégrées aux brochures pédagogiques du PNR. Ces différents états et statuts des images de l'OPP fonctionnent en synergie : lors de la journée d'étude organisée par le ministère à l'occasion des 25 ans du dispositif national (2016), le projet de l'OPP est présenté conjointement par le photographe Thierry Girard et la chargée de mission paysage.
Ces évolutions du sens et des potentialités de l'OPP ont pour résultat d'ouvrir progressivement le dispositif. L'Observatoire est aujourd'hui investi d'une multiplicité de finalités au sein d'un processus qu'il contribue à mettre en œuvre. Le temps de la prise de vue, lorsque l'image n'est que potentielle, celui de son indexation dans une base de données et celui de la diffusion des formes matérielles de l'image sont devenus tout aussi importants que la représentation en elle-même. L'observation est profondément liée à l'exercice du terrain qui n'apparaît pas toujours dans l'énoncé des productions issues d'un Observatoire. Or, dans le cas de l'Observatoire photographique des Vosges du Nord, le terrain est déterminant à bien des égards. Lors de la définition des points de vue, une connaissance fine du territoire, on l'a vu, permet au photographe de faire de nouvelles propositions.
Mais au-delà de l'addition des points de vue, leur enchaînement fait sens dans certains cas : « Il y a certains parcours qui font sens parce qu'ils ont été déterminés dans une continuité avec des problématiques proches. Le parcours Piémont fait sens, le parcours Nord-Est de la Moselle fait sens. Il y a des choses où l'on peut vraiment créer un itinéraire avec deux ou trois problématiques majeures, qui se développent autour d'un ensemble de points de vue. » (Girard, 2016-a.)

Thierry Girard. Campagne de reconduction février 2016. Crédit Frédéric Pousin.

Le parcours physique du territoire, la liaison spatiale des points de vue constituent un des procédés de l'Observatoire. En outre, ce sont des tirages photographiques plastifiés qui permettent aujourd'hui d'emporter les séries photographiques sur le terrain, de les soumettre au jugement des acteurs, des élus ou des habitants.
La sociologie des sciences (Latour, 1993) a attiré l'attention non seulement sur la valeur de ces « objets intermédiaires », mais aussi sur l'importance des allers-retours entre le terrain et le laboratoire, entre l'objet de l'observation, le sujet observant et les instances, les espaces où s'élabore le savoir. Donner à voir grâce à l'image photographique des processus à l'œuvre sur un territoire, en capter des états temporels et les consigner dans une archive ouverte ne constitue pas un geste anodin. Pas plus qu'abstraire ces processus de leur localité pour les manipuler, les comparer, les regrouper en familles. Tous ces actes sont des conditions préalables à l'interprétation, à la production de connaissance. On l'a vu, la question de l'opérabilité de l'Observatoire est au cœur des questionnements des acteurs et à l'origine des innovations dans les usages observés. Or, il apparaît qu'à la question de la matérialité de l'objet photographique qui traverse ici les différentes époques de l'Observatoire s'ajoute celle, cruciale, de la temporalité de l'observation et de son articulation avec celle de l'action. 20 ans d'existence pour un OPP, voilà une durée qui peut paraître brève ou longue, selon les objets observés et les finalités de l'observation, selon que l'on observe un projet urbain ou le développement d'un écosystème. L'observation du territoire requiert, on le voit, une attention toute particulière au temps qui est une donnée essentielle de l'approche paysagère, et qui soulève en retour la question des instances au sein desquelles s'élabore la connaissance. Porté par le PNR, subventionné par les collectivités locales, puis par la Dreal, s'adressant aux élus et aux habitants, l'Observatoire interroge : quel est le pas de temps le plus pertinent de l'observation ? Doit-il être déterminé avant tout par les commanditaires ou les destinataires ? Cette problématique croise ici celle des objectifs de l'observation elle-même. Dans le cadre du PNR, ils sont multiples : politique pour convaincre les élus du bien-fondé des missions du Parc, de communication pour faire connaître l'institution, d'expertise à travers l'exemplification des dynamiques de transformation paysagère. Si le modèle de l'OPP et ses déclinaisons « locales » connaissent une telle diffusion ces dernières années, cela tient sans doute à l'extrême malléabilité d'un dispositif qui s'adapte aux grès des discours et des enjeux, photographie et paysage multipliant les modalités de l'observation.

Remerciements
Les auteurs remercient les agents du Parc régional des Vosges du Nord pour leur accueil et leur disponibilité, et notamment Marc Hoffsess, ancien directeur, Éric Brua, directeur actuel, Pascal Demoulin, chargé de mission architecture, Rita Bauer, chargée de mission aménagement et Romy Baghdadi, chargée de mission évolution des paysages. Nous sommes aussi reconnaissants à Thierry Girard de nous avoir ouvert les portes de son atelier en plein air lors d'une reconduction. Nous remercions aussi les autres acteurs d'avoir pris le temps de répondre à nos questions, et notamment Josiane Podsiadlo, responsable du programme Leader/Feader pour le pays Bruche Mossig Piémont (2002-2005) et par ailleurs élue locale déléguée au PNR.

Mots-clés

Observatoire photographique du paysage (OPP), PNR des Vosges du Nord, politique paysagère, temporalité, médiation
Photographic Observatory of the Landscape, the Vosges du Nord Regional Nature Park, landscape policy, time frame, mediation

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Entretiens

Girard, T., réalisé le 5 juin 2015 par Raphaële Bertho et Frédéric Pousin.
Girard, T., suivi de reconduction du 23 février 2016-a, par Frédéric Pousin.
Girard, T., réalisé le 16 mai 2016-b, par Frédéric Pousin.
Brua, E., Bauer, R. et Baghdadi, R., réalisé le 9 mai 2016 par Raphaële Bertho et Frédéric Pousin.
Hoffsess, M., réalisé le 3 juin 2016 par Raphaële Bertho.
Podsialdo, J., réalisé le 12 juillet 2016 par Frédéric Pousin.

Auteur

Raphaële Bertho et Frédéric Pousin

Raphaële Bertho est historienne de la photographie, rattachée au laboratoire InTRu (EA 6301) et maître de conférences à l'université François-Rabelais de Tours.
Courriel : bertho@univ-tours.fr

Frédéric Pousin est architecte, directeur de recherche au CNRS à l'UMR AUSser 3329 et à l'ENSA Paris-Belleville. Ses travaux portent sur les savoirs et les représentations qui fondent le domaine de l'architecture et du paysage.
Courriel : frederic.pousin@wanadoo.fr

Pour référencer cet article

Raphaële Bertho et Frédéric Pousin
L'Observatoire photographique du paysage du PNR des Vosges du Nord : de l'œuvre à l'action
publié dans Projets de paysage le 12/01/2017

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/l_observatoire_photographique_du_paysage_du_pnr_des_vosges_du_nord_de_l_u0153uvre_l_action

  1. Selon le document « Observatoire photographique du paysage, Programme », ministère de l'Environnement, direction de la Nature, Mission paysage, novembre 1994.
  2. La Convention européenne du paysage est ouverte à la signature à Florence en 2000 et ratifiée en 2006 par la France.
  3. Les auteurs ont réalisé une série d'entretiens semi-directifs avec les acteurs du projet de l'OPP des Vosges du Nord, mentionnés en bibliographie et cités dans cet article.
  4. Cette brochure a été réalisée à l'occasion de l'exposition « L'Observatoire photographique du paysage », Cité des sciences et de l'industrie, novembre 1994 (36 p.).
  5. « Observatoire photographique du paysage, mode d'emploi », 1996, document non publié.
  6. La représentation recouvre deux dimensions, l'une transitive et l'autre réflexive, essentielles à prendre en considération dans l'analyse des images, de leur construction et de leurs fonctions. Nous renvoyons ici à Louis Marin : « Un des modèles parmi les plus opératoires construits pour explorer le fonctionnement de la représentation moderne - qu'elle soit linguistique ou visuelle - est celui qui propose la prise en considération de la double dimension de son dispositif : dimension «transitive» ou transparente de l'énoncé, toute représentation représente quelque chose, dimension «réflexive» ou opacité énonciative, toute représentation se présente représentant quelque chose » (Marin 1989, p. 73.)
  7. L'Observatoire photographique au service des politiques du paysage, actes du colloque européen du 13 et 14 novembre 2008, Meeddm, 2009, 196 p., URL : http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/dgaln_actes_colloque_opp_2008vl.pdf.
  8. https://terra.developpement-durable.gouv.fr/observatoire-photo-paysage/home/.
  9. Méthode de l'Observatoire photographique du paysage, Meeddm, 2008, 71 p. URL : http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/DGALN_methodeOPP.pdf.
  10. Cf. Eva Bigando, 2013.