Index des articles

Les articles


L'Observatoire photographique de l'A 89 : une démarche abandonnée au bord de l'autoroute

The Photographic Observatory of the A89: An Approach Left by the Wayside

13/01/2017

Résumé

À l'occasion de la création de l'autoroute Clermont-Ferrand - Bordeaux, l'Observatoire photographique des territoires du Massif central (OPTMC) a proposé de mettre en place une démarche d'observation photographique pour rendre compte des impacts sur le paysage de cette nouvelle infrastructure. Le projet, accueilli avec intérêt, a été retenu en 2000 comme éligible à la politique du 1 % Paysage et Développement au titre des études et financé pour partie sur des fonds réservés à la mise en œuvre de cette politique incitative. Huit ans après la fin de la mission, l'article revient sur l'ensemble d'une opération qui avait aussi comme ambition d'évaluer les résultats de la politique du 1 %. Il retrace les différentes étapes d'une opération souhaitée partenariale, mobilisant un comité de pilotage, des universitaires, des étudiants en paysage et en géographie, des photographes afin, d'une part, d'élaborer une méthode de lecture des images produites durant sept années de suite et, d'autre part, de porter les résultats de ce travail (séries photographiques et lectures comparées de celles-ci en vue de l'évaluation) à la connaissance des partenaires de l'Observatoire photographique A 89 et du public via un site Internet. Il s'interroge enfin sur les raisons de ce qu'il faut bien considérer comme une histoire autoroutière qui s'est terminée un peu en queue de poisson... au moins en ce qui concerne l'un des objectifs initiaux : l'évaluation par la photographie d'une politique publique en faveur du paysage.
On the occasion of the building of the motorway from Clermont-Ferrand to Bordeaux, the Observatoire photographique des territoires du Massif central, or OPTMC, (Photographic Observatory of the Massif Central Region) proposed a photographic observation of the landscape to take into account the impacts on the landscape of the new infrastructure. The project, which attracted a great deal of interest, was selected in 2000 to receive support from the 1% Landscape Development programme for its preliminary studies, and was partly financed with funds reserved for the implementation of the incentive policy. Eight years after the end of the mission, the article reviews the entire operation which was also intended to evaluate the results of the 1% policy. It retraces the different stages of the operation which was conceived as a joint effort involving a steering committee, academics, students in landscape architecture and geography, and photographers, in order to define a method for interpreting the images produced during seven years and to bring the results of this work (photographic series and compared interpretations of these series) to the knowledge of the partners of the A89 Photographic Observatory via an Internet site. It also questions the reasons for what was considered as a motorway project which went pear-shaped... at least regarding one of the initial objectives which was that of evaluating by means of photography a public policy in favour of the landscape.

Texte

Introduction : donner à voir les transformations et évaluer une politique

En 1999, au moment où débute cette démarche d'observation photographique, plusieurs observatoires ont déjà été mis en œuvre sur le territoire national, parfois depuis bien longtemps : forestiers de la Restauration des terrains en montagne (RTM) à la fin du XIXe siècle par exemple, mais surtout dans les années 1990 (Guittet et Le Dû-Blayo, 2013) à l'initiative du ministère de l'Environnement qui met en place l'Observatoire photographique du paysage (OPP) en 1989. Leur corpus photographique réunit des séries d'images réalisées sur le principe de la reprise de vues ou reconduction, à un pas de temps souvent annuel (Séquence paysages, 1997, p. 109 et 110), qui a été retenu pour la constitution de celui de l'A 89.
Comme pour les observatoires labellisés par l'Observatoire photographique national du paysage (OPNP)1, celui-ci a bien pour premier objectif « de constituer un fonds de séries photographiques pour analyser les mécanismes et les facteurs de transformations des espaces ainsi que les rôles des différents acteurs qui en sont la cause... » (Meeddm2, 2009, p. 8), auquel vient s'ajouter une demande nouvelle de l'État et de la société concessionnaire de l'axe, les Autoroutes du Sud de la France (ASF) : faire de cet observatoire un outil d'évaluation de la politique du 1 % Paysage et Développement. Cette politique apparaît comme une traduction et un aboutissement de « l'inclinaison paysagère », au moment, début des années 1990, où « [...] il s'agit de travailler principalement à une intégration des infrastructures routières dans les territoires traversés, ainsi qu'à une mise en valeur touristique des attraits de ces derniers » (Bertho, 2015, p. 21 et 22). Elle a d'abord « pour objet de favoriser la valorisation des paysages et le développement économique et touristique des régions du Massif central désenclavées par les autoroutes non concédées A75 Clermont-Ferrand - Béziers et A20 Vierzon - Brive-la-Gaillarde » (Metltm3, 2003, p. 10). Puis le dispositif est élargi aux axes concédés (1995), comme l'autoroute A 89, et est soumis à plusieurs évolutions4. Objet d'une réflexion en amont, il débouche sur la rédaction d'un « livre blanc » qui s'appuie sur la réalité du territoire telle qu'elle a été diagnostiquée par l'État. Dans le Livre blanc A 89, trois idées générales sont avancées pour le 1 %5 : « offrir sous leur meilleur jour les territoires traversés, encourager et maîtriser l'évolution du territoire et promouvoir la campagne contemporaine... » (Thuaud, p. 10, 1998). Ces propositions de l'État s'accompagnent d'une enveloppe financière à hauteur de 1 % du montant des investissements prévus pour la construction de l'infrastructure, sous réserve d'une contribution au moins équivalente des collectivités concernées. Cette manne peut être sollicitée autant « pour financer la réflexion sur les actions que les actions elles-mêmes ». Mais « il ne s'agit en aucun cas d'un guichet de subventions destiné à boucler des budgets » (ibid., p. 7).
Le financement de l'Observatoire photographique A 89 provient pour partie (50 %) de cette enveloppe sous la forme d'une subvention versée par la société concessionnaire de l'axe (Autoroutes du Sud de la France - ASF) complétée par des aides provenant de trois départements (19, 24 et 63) dont le territoire est traversé par l'autoroute et sur des fonds propres de l'Observatoire photographique des territoires du Massif central (OPTMC)6. Pour conduire la réflexion et assurer le suivi, l'association, maître d'ouvrage de l'Observatoire photographique, constitue dès 1999 un comité de pilotage réunissant tous les acteurs qui financent l'opération. L'État, qui n'abonde pas ou que très partiellement l'enveloppe financière du 1 % pour des raisons de restrictions budgétaires, est toutefois bien représenté. Il est l'incitateur et le garant de sa politique et, à ce titre, avec les ASF, il reçoit les projets d'étude et d'action présentés par les collectivités, se prononçant sur leur éligibilité ou non au 1 %. À l'issue de la mise en place du comité, la démarche s'est engagée sur sept années de suite, fortement orientée par la problématique suivante : rendre compte des résultats d'une politique incitative d'aménagement et de développement du territoire avec des photographies de paysage diachroniques7.
Plusieurs questions se sont tout de suite imposées à l'OPTMC :
  • quels sites devaient faire l'objet d'une observation et comment les photographier ?
  • comment regarder une image puis une profusion d'images pour ne pas, de suite, se laisser prendre par des points de vue qui oscillent, quel que soit le regardeur, entre sensible et technique, invisible et visible, subjectif et objectif ?
  • dans le même mouvement de réflexion que celui qui précède, quels indicateurs, quelles variables retenir dans les images qui pourraient indiquer, traduire le recours à la politique du 1 %, voire attester de sa mise en œuvre auprès de ses initiateurs comme du public ?
  • comment porter à connaissance les résultats de chaque campagne photographique qui, année après année, allait constituer des séries diachroniques?
  • comment recueillir les perceptions des citoyens face aux changements observés et faire de celles-ci un des critères de l'évaluation ?
Plus globalement, la démarche que nous avons mise en œuvre devait répondre à une problématique générale résumée dans la question suivante : comment évaluer les résultats d'une politique publique en faveur du paysage à partir des séries diachroniques d'un Observatoire photographique du paysage ? À notre connaissance, la réponse que nous apportions devant nos partenaires et financeurs, en 2005, n'avait pas encore été fournie par d'autres Observatoires photographiques ni par les chercheurs. Mais des pistes avaient commencé à être défrichées au sein de l'OPNP (Séquence paysages, 1997, p. 27 à 31, 34 et 35), qui depuis semblent s'être refermées.
Comme nous l'exposons dans la suite de cet article, notre réponse est un tout, constitué de toutes les étapes qui se sont organisées dans cet ordre chronologique qui guide le plan de l'article :
  • choix des sites de prises de vue à photographier avec les services en charge d'instruire les dossiers présentés par les collectivités souhaitant mettre en œuvre la politique du 1 % ;
  • proposition pour une lecture générique de l'image, applicable à toute image de paysage en quelque sorte, donc à celles de cet Observatoire photographique ;
  • application de cette grammaire (règles) de lecture à la série diachronique pour fournir une analyse comparée de ses images ;
  • test de notre proposition méthodologique sur différentes séries diachroniques documentant les mêmes thématiques de manière à produire des données utilisables dans l'évaluation du 1 % ;
  • mise à disposition des analyses associées à chaque série par l'intermédiaire d'un site Internet dédié (http://poptmc.free.fr) pour que les membres du comité de pilotage y recherchent des données brutes ou à transformer pour atteindre leurs objectifs d'évaluation ;
  • ouverture du site au public (usagers, riverains, habitants...) avec la volonté d'offrir, au moins au comité de pilotage, un recueil des nouvelles perceptions du territoire qu'il nous apparaissait nécessaire de prendre en compte pour évaluer la politique du 1 %.
Des localisations des sites de prises de vue en passant par la réalisation des images puis la sélection de celles à reconduire, jusqu'à la proposition méthodologique originale de lecture des séries diachroniques pour tenter d'évaluer les résultats du 1 %, l'OPTMC a fait valider, par le comité de pilotage, toutes les étapes d'une démarche qui aura duré huit ans, dont sept pour les prises de vue.
Les résultats de cette longue réflexion ont été inexploités par ceux qui les attendaient. Faute peut-être d'une réelle envie d'évaluer « leur » politique et, peut-être aussi par manque de ressources humaines pour le faire ? Peut-être aussi du fait que la méthode d'analyse était difficile à saisir, car dense et prenant en considération des variables nombreuses, mêlant qualitatif et quantitatif ?
Beaucoup de questions restent en suspens et donnent envie de poursuivre ce travail. Sûrement en revenant vers ceux pour qui il a été conçu et réalisé, mais aussi en s'adressant à d'autres interlocuteurs qui pourraient aider à répondre à nos interrogations.

Choisir et photographier les paysages-images

Le choix des sites d'observation ne s'est pas porté uniquement sur les seuls paysages visuellement associés au tracé, avant, pendant ou après les travaux, même si ceux-ci constituent une partie du corpus réunie entre 2000 et 2006 - quelques nouveaux sites ont été ajoutés en 2007 sans suite. Il a aussi concerné des espaces à distance de l'axe, parfois à plusieurs dizaines de kilomètres de lui qui ont été désignés à l'OPTMC comme « réactifs » à la politique du 1 % par ses services instructeurs. Ce rapprochement des acteurs du terrain (services de l'État et collectivités territoriales : départements et une grande intercommunalité, le Syndicat mixte pour l'aménagement et de développement - SMAD - des Combrailles8) et la consultation du Livre blanc A 89 ont permis d'arrêter, d'une part, une liste de sites possibles de prises de vue sur l'ensemble du territoire traversé et, d'autre part, de leur associer une ou plusieurs thématiques.

Les huit thématiques observées

Le souci d'évaluer la politique du 1 % a conduit à définir les thématiques qui seraient suivies par la photographie. Celles-ci se trouvaient soit clairement soit implicitement identifiées dans le Livre blanc A 89, y figurant comme une question territoriale centrale ou un enjeu identifié par l'État, les collectivités restant libres de les intégrer à leur propre réflexion et à les mettre en œuvre en sollicitant le 1 %.
Huit thématiques ont été proposées au comité de pilotage et validées par ses membres :
  • évolution et aménagement des anciens axes de circulation ;
  • évolution des bourgs ;
  • développement d'activités à proximité des zones de diffuseur ;
  • cicatrisation autour des ouvrages et du tracé ;
  • incidence sur un milieu naturel sensible ;
  • transformation des zones agricoles ;
  • mise en évidence des sites paysagers forts ;
  • développement des zones à fort potentiel touristique.

Les sites d'observation et leur sélection

De la même manière que pour les thématiques, ce sont les projets portés par les collectivités territoriales en réponse aux incitations du 1 %, elles-mêmes déclinées en chartes départementales dites d'itinéraires, puis en chartes locales portées le plus souvent par une intercommunalité, un syndicat de pays..., qui ont guidé les localisations des sites de prise de vue. Plus précisément, ce sont les instructeurs des dossiers (études, projets, actions) présentés devant les services au titre du 1 %, donc des techniciens près du terrain, qui ont été les interlocuteurs de l'OPTMC et ont donné une réalité partenariale souhaitée et assumée à cette étape. Sur les trois départements concernés par l'observation, les sites identifiés faisaient l'objet d'études, qui, ici comme ailleurs, ne se sont pas toutes traduites par des réalisations sur le terrain. Au final, près d'une soixantaine de sites ont été retenus, documentés par un peu plus de 170 prises de vue de première année.

Réaliser les images

Le choix des photographes

Maître d'ouvrage de la démarche, l'OPTMC a choisi deux photographes professionnels, l'auteur de cet article et Christian Guy, dont le travail sur le paysage les avait conduits sur les secteurs concernés par le passage de l'infrastructure. Il souhaitait aussi que ceux-ci prennent bien en compte dans leur mission les objectifs de la démarche, leur demandant d'être à l'écoute des interlocuteurs du terrain, de participer aux réunions dont celles du comité de pilotage et de suivre et d'apporter leur expérience pour d'autres étapes clés du projet (mise en ordre de la donnée photographique, manière de regarder les images, etc.). Ces attentes distinguent le rôle des deux photographes assurant cette mission pour l'OPTMC de ceux qui avaient travaillé jusque-là pour l'OPNP, recrutés pour leur approche très personnelle du paysage et de fait moins contraints que ne l'étaient les premiers, mais vraisemblablement moins engagés aux côtés des maîtres d'ouvrage dans les suites données à leur production photographique.

Les choix opératoires

Les prises de vue ont été réalisées en hiver et jusqu'à l'arrivée du printemps. Ce choix a été guidé par plusieurs raisons qui visent pour la plupart à favoriser la lecture des images (Enjelvin et Guy, 2004, p. 304). Le principe de la reconduction - que nous appelons « loi des mêmes » -, mis en œuvre par l'OPNP pour ses 20 itinéraires labellisés (médiathèque Terra, 2015), permet de produire grâce à sa grande rigueur des séries diachroniques objectives à partir d'un mode de représentation et d'expression qui ne l'est pas. Il a aussi l'avantage, grâce à la rédaction des fiches de prises de vue, de permettre la poursuite du travail de prise de vue engagé sur les sites avec tout autre photographe averti que celui qui a réalisé les premières images.

Photos extraites de la base de données de l'Observatoire photographique de l'A 89 dans le cadre de la problématique « développement des zones à fort potentiel touristique », à laquelle on pourrait sûrement ajouter, indirectement, celle d'« incidence sur un milieu naturel sensible ». Photos : Christian Guy et Pierre Enjelvin/OPTMC.

Le choix des photographies à « rephotographier »

À l'issue de la première campagne photographique, qui s'est déroulée durant l'hiver 1999-2000, le comité de pilotage a retenu une soixantaine de photos qui feraient l'objet de reprises de vue durant six années de suite... dans un premier temps. Sa sélection des sites n'était pas parfaitement représentative de la diversité des thématiques retenues et associées à la production d'images proposées par l'OPTMC. À juste titre, l'infrastructure y était bien représentée, notamment au regard d'un enjeu central en matière de paysage, la cicatrisation autour des ouvrages et du tracé et celui de leur intégration. Mais plusieurs images ont été écartées, notamment celles documentant les thématiques environnementales et agricoles qui, ainsi, se sont trouvées sous-représentées. A posteriori, on constate aussi que la représentation est inégale d'un territoire à l'autre.
Par exemple, dans le Puy-de-Dôme, la « route » en général - et pas l'infrastructure elle-même qui n'était pas encore en chantier dans ce département en 1999 - avec les thématiques 1 et 4 (voir « Les huit thématiques observées »), est très présente dans les choix, ce qui n'est pas le cas des projets de développement (tourisme, économie) qui, eux, apparaissent très clairement comme une préoccupation corrézienne. Il ne faut sûrement pas s'en étonner si l'on sait que c'est la direction des Routes qui représentait le département du Puy-de-Dôme au comité de pilotage et celle du Développement local la Corrèze. Quant à la Dordogne, dernier département concerné par les travaux d'observation, les images choisies par un « Monsieur A 89 », désigné par la collectivité, couvrent plus de thématiques explicites. Volontairement peut-être, l'État ne s'est pas imposé dans les choix, mais les membres des directions régionales de l'Équipement (DRE) et des directions départementales de l'Équipement (DDE), en nombre autour de la table, ont peut-être gardé le silence par intérêt et par curiosité. D'autres représentants de services déconcentrés (direction régionale de l'Environnement - DIREN9 - Limousin et Auvergne) ont peu été entendus, pour le souvenir que nous en avons, et n'instruisant pas les dossiers 1 %, ils se sentaient peut-être moins compétents vis-à-vis du dispositif étatique et étaient aussi en sous-effectif par rapport à leurs collègues des routes. Quant au concessionnaire de l'axe, les ASF, représentées par une paysagiste « chargée de mission 1 % », qui s'est beaucoup investie pour que la démarche d'observation photographique aboutisse et soit poursuivie dans le temps, elle a vraisemblablement fait les choix que lui demandait sa hiérarchie.
Deux autres aspects sont à prendre en compte :
  • le poids majoritaire de certains financeurs de l'opération : ASF (50 %), les conseils généraux (30 %) et OPTMC (les 20 % restants). Devant ce décompte, on constate que l'État n'a pas, faute de moyens, mis un centime dans l'opération pour accompagner un des volets de sa politique : les études ;
  • des visions de clocher, séquentielles, du 1 %, conduisant chaque partenaire à s'interdire (?) de discuter le choix fait par le représentant du département voisin.
On peut aussi s'interroger sur la pertinence du corpus produit par les photographes face aux attentes des partenaires. Elle n'a jamais été remise en cause, mais pas vraiment discutée, débattue. Autant d'hypothèses, de questions qui mériteraient des réponses des intéressés... sous réserve de les localiser aujourd'hui.
Durant les années qui ont suivi la première année de prises de vue, sont venus s'ajouter de nouveaux sites, ce qui porte leur nombre à près de 85, en faisant abstraction d'une campagne unique de 16 sites, commandée par ASF-Vinci en 2007 à l'occasion du démarrage des travaux d'un nouveau tronçon de l'A 89 dans les départements de la Loire et du Rhône.

Lire les images diachroniques

L'objectif de l'évaluation de la politique du 1 %, déjà inscrit dans le choix des sites photographiés et dans le travail des photographes, devait être poursuivi avec la lecture des images produites.
Dans cette perspective, nous10 avons élaboré une proposition méthodologique, une manière de regarder, qui devait permettre de conserver la distance introduite par la photographie face au paysage et de la proposer comme vision objective de l'observation aux membres du comité de pilotage dont les compétences et les missions étaient diverses.
Pour garder cette neutralité du regard, nous avons cherché des critères objectifs de lecture des images, nous intéressant plus à la matérialité de leur contenu qu'à leur structure et à leur construction graphique, même si celles-ci sont évidemment présentes puisqu'il s'agit d'un projet confié à deux auteurs photographes qui, travaillant toujours ensemble pour la circonstance, ont discuté chaque prise de vue.

Organiser et donner à voir le corpus photographique

Préalablement à cette lecture guidée des images, nous avons souhaité :
  • permettre d'accéder par la carte aux sites photographiés (voir : http://poptmc.free.fr, où ceux-ci sont localisés grâce à une icône : un appareil photographique) ;
  • présenter chaque site au travers d'une fiche d'identité où se trouvent résumées les quatre questions que l'on doit se poser face à toute image, tout particulièrement face à celles d'un Observatoire photographique.

Image extraite du site de l'Observatoire photographique A 8911, légendée pour la localisation sur la fiche de site des réponses aux 4 questions suivantes : Où se situe le site de prise de vue ? Comment a été réalisée l'image (conditions techniques résumées de la prise de vue) ? Pourquoi avoir fait cette photographie (thématique(s)/problématique(s) attachée(s) à l'image) ? Quand la première image a-t-elle été réalisée - et les suivantes - (indication entre autres du pas de temps de la reconduction) ?

Un thésaurus comme socle d'une culture commune du regard

Ce préalable indispensable réalisé, il était maintenant possible d'« entrer » dans les images, d'essayer de les lire nous-mêmes et ensuite de proposer aux usagers de l'Observatoire photographique (comité de pilotage dans un premier temps et un peu plus tard les consultants du site Internet dédié) une procédure méthodologique pour les regarder et leur faire partager notre lecture. Cette lecture s'est non seulement faite en s'interrogeant sur une image unique de site mais aussi sur l'ensemble des photographies liées à celui-ci, dont le nombre irait augmentant au rythme d'une par année dans le temps de l'observation. La démarche a été empirique. Elle s'est construite en regardant les images produites durant les trois premières années de l'observation. Nous les avons visionnées série par série en nous focalisant dans un premier temps sur leur contenu, sur les types de dynamiques qui les traversaient et, dans un second temps, sur une manière d'en rendre compte. Suite à cette approche, avant tout visuelle, il nous est apparu nécessaire de mettre des noms sur les éléments contenus et de les organiser en grandes thématiques, en familles, que nous avons réunies sous le terme général de groupes d'objets.

Ce thésaurus regroupe des listes d'objet organisées en 4 grandes thématiques qui se subdivisent en « famille ». Il est spécifique à l'Observatoire photographique de l'A 89 car les objets choisis sont ceux qui sont les indicateurs sélectionnés pour décrire les photographies et ceux susceptibles de subir des événements traduisant les transformations des paysages observés. Sa constitution partagée a permis de disposer d'un vocabulaire commun aux acteurs de la démarche pour décrire et analyser les photographies.

Ce thésaurus des groupes d'objets ne vaut bien entendu que pour notre démarche car il s'appuie sur son corpus photographique produit avec le souci de rendre visibles les effets d'une politique en faveur du développement et du paysage. Une fois établi, ce thésaurus n'en constituait pas moins un socle commun du regard, une culture partagée12 des paysages de l'observatoire déclinée dans un vocabulaire commun, mobilisable au moment de la lecture transversale des images et non plus d'une seule image.

Déplacer le regard de l'image vers la série

Compte tenu de la mise en œuvre du principe de la reconduction, exposé plus avant, l'ensemble des photographies, devenu série diachronique, pouvait faire l'objet de comparaisons d'une image à l'autre au sein de la série. On peut résumer là encore dans une question notre volonté : comment rendre compte des dynamiques qui existent dans les paysages photographiés à partir de - mais aussi grâce à - l'image fixe ?
Pour donner accès aux dynamiques qui s'inscrivaient année après année dans chaque série, nous avons proposé trois approches qui ont été retenues par le comité de pilotage. Trois approches dont les résultats s'affichent sur le site Internet dédié à l'Observatoire photographique A 89 (http://poptmc.free.fr), derrière les onglets : « photos », « analyse par plan » et « analyse par objet ».

Première étape : les mots-clés du paysage

À chaque année de l'observation, nous avons regardé les photographies correspondantes et leur avons associé sur la base de notre thésaurus des groupes d'objets des mots-clés rendant compte du contenu des photographies. Dans le temps de l'observation, cette liste de mots-clés peut être stable mais aussi se modifier et ainsi rendre compte de changements paysagers qui peuvent être visualisés en parcourant la série diachronique, sans en connaître les raisons évidemment.

Image extraite du site de l'Observatoire photographique A 89, affichage associé à l'onglet « Photos », puis légendée où figurent au format vignette les photographies de la série. À chacune d'entre elles sont associés plusieurs mots-clés.


La référence permanente au thésaurus ne garantit pas que la personne renseignant cette étape n'oublie pas de pointer un élément essentiel contenu dans l'image. Pour pallier cette éventualité, vérifiée, il est possible de demander à un autre regardeur de faire une deuxième lecture des images. Une autre faiblesse guettait à l'établissement du thésaurus : négliger un groupe d'objets important ou des objets en faisant partie, soit qu'ils nous aient échappé lors de cette première lecture transversale des images des séries, soit qu'ils fassent leur apparition dans les images à venir - nous ne disposions à l'époque que de trois campagnes de prises de vue par série. La dernière éventualité a été prise en compte en s'autorisant à pouvoir enrichir le thésaurus par l'ajout de nouveaux objets ou groupes d'objets dans la base de données de l'Observatoire photographique A 89.


Deuxième étape : l'analyse par plan de la variation des « matières du paysage »

Il s'agissait dans cette étape de s'intéresser à la substance même du paysage photographié, que nous avons regroupée sous l'appellation matières du paysage. Dans le temps de l'observation, la variation en surface dans les photographies de ces dernières devait nous aider à rendre compte, elle aussi, des transformations du paysage ou du type de traitements de l'espace vu.
Cette étape a imposé de :
  • définir les matières du paysage ;
  • sélectionner dans chaque image trois plans de lisibilité différente ;

Images extraites du site de l'Observatoire photographique A 89, affichage associé à l'onglet « Analyse par plan », puis légendées.Les matières du paysage retenues sont au nombre de huit, certaines attachées spécifiquement à l'espace urbain et d'autres à l'association « Proximité de ville et campagne », la majorité étant commune aux deux catégories.
Sont précisés sur l'illustration de droite, les principes de la sélection des trois plans dans les photographies. S'il ne s'attache pas à une lecture complète du paysage (lignes de force, points de repère, effets de contraste, de fenêtre... signes de pratiques et d'usages), ce tri par plan ne s'en éloigne pas complètement. En basant le « découpage » des images sur la lisibilité des composantes matérielles du paysage, il en impose une lecture attentive. Photos Christian Guy et Pierre Enjelvin/OPTMC.


  • mesurer dans tous les plans la valeur de chacune des matières du paysage grâce à un carroyage placé sur chaque image ;
  • réaliser ces mesures pour chaque année de prises de vue.
Ces variations ont été mesurées sur les images par des pourcentages d'occupation de surface photographique, présentés sous la forme de diagrammes à bâtons.

Images extraites du site de l'Observatoire photographique A 89, affichage associé à l'onglet « Analyse par plan », puis légendées. Les trois plans pris en compte n'intéressent que la partie terrestre de l'image. Le ciel n'est pas retenu. Les valeurs données ne concernent que le plan 2 dans cet exemple. Photos Christian Guy et Pierre Enjelvin/OPTMC.

Cette deuxième étape de la lecture des images ne fournit pas seulement une approche qualitative des évolutions constatées dans le temps de l'observation. Elle apporte aussi une dimension quantitative et dynamique qui se traduit au fil des années par des pourcentages des variations en surface photographique (en nombre de carreaux) des matières du paysage photographié dans chacun des trois plans tracés sur la première prise de vue. Des pourcentages qui sont calculés avec une précision de plus ou moins un carreau, sachant que ce qui importait dans cette étape, avant tout, était de donner des tendances d'évolution. Très vite et assez justement, on remarquera que certains objets de premier plan peuvent amplifier un phénomène qui, finalement, n'est peut-être que marginal dans le paysage photographié. C'est le cas, par exemple, du genêt qui se développe dans le premier plan de l'image de la figure ci-dessus en année 2001. Si l'on regarde l'intégralité de la série (http://poptmc.free.fr/obs.php, site n° A8919012), on constate que ce genêt finit par masquer la totalité de la surface occupée par le premier plan puis très vite par le second.
Dans le souci d'objectiver un peu plus ces constats, qui d'ailleurs se répètent sur beaucoup de séries qui documentent la thématique « cicatrisation autour des ouvrages et du tracé », on pourrait avoir recours à la photographie aérienne qui nous permettrait par exemple de connaître la superficie couverte par le genêt sur le site photographié. Quoi qu'il en soit, comme nous l'indiquons plus loin, ici comme ailleurs, le genêt cache de toute façon une forêt de... genêts. Nous l'avons vérifié régulièrement en regardant méthodiquement l'ensemble des séries diachroniques qui sont liées à la thématique de la « cicatrisation autour des ouvrages et du tracé ».
Il est très intéressant d'analyser l'ensemble de ces séries pour vérifier si les transformations du paysage sont proches, voire identiques, ou différentes d'un site à l'autre. Les séries photographiques de paysage que nous avons réalisées dans cette démarche fournissent, redisons-le, des informations qualitatives, des tendances de transformations qu'il sera possible d'aller vérifier sur d'autres sites non photographiés. De toutes les façons, sans les images, pas de constat, et peut-être pas d'interrogations, pas le déploiement d'autres dispositifs d'analyses complémentaires.

Troisième étape : l'analyse par objets signifiants

Certains objets particuliers du paysage, figurant sur la première prise de vue ou apparaissant au cours de l'observation photographique, peuvent être considérés à la fois comme des marqueurs des changements du territoire au regard des thématiques suivies, identifiées à partir des choix de la politique du 1 %, et/ou comme des indices de dynamiques paysagères en cours ou annoncées.
Ces objets, que nous avons qualifiés de « signifiants », peuvent être soumis à trois types d'événements : création, modification, disparition. L'importance des événements observés et la nature des objets soumis à ces événements rendent compte qualitativement et quantitativement des changements du territoire vu sur les images, et de sa réactivité au regard de la (des) thématique(s) qui est (sont) suivie(s) dans le cadre de l'observation et associée(s) à une série diachronique. Pour le choix des objets, nous nous sommes référés au thésaurus des groupes d'objets qui comme nous l'avons écrit plus avant est en lien direct avec les thématiques qui sont documentées par les images.
Pour l'exemple, si nous avions à sélectionner des objets signifiants pour une transformation des zones agricoles, nous irions les choisir au sein des rubriques végétations spontanées, forestières et agraires de notre thésaurus. Cette étape de lecture des images fournit elle aussi deux types d'information : qualitative, par la nature et le type d'objets qui sont identifiés et suivis dans le temps de l'observation et les types d'événements qui les affectent, quantitative en chiffrant le nombre d'événements. Peut-être plus que les deux autres approches, celle par les objets signifiants permet de donner une vision dynamique - et dramatique peut-être - du paysage.

Images extraites du site de l'Observatoire photographique A 89, affichage associé à l'onglet « Analyse par objet », puis légendées. Pour rendre compte de l'histoire des sites observés et guider le regard de ceux qui doivent traiter les données « objets », nous avons pour chaque objet signifiant :
  • localisé, en le cernant d'un filet rouge sur les images diachroniques, l'objet (ici un talus jouant le rôle de mur antibruit et portant le numéro 5 dans cette série) affecté par les événements enregistrés ;
  • fourni un historique des événements affectant l'objet retenu (une création, en 2002, d'un talus, sa modification en 2003 avec une plantation, une nouvelle modification en 2004 avec la croissance des végétaux plantés l'année précédente). Photos Christian Guy et Pierre Enjelvin/OPTMC.


Exploiter les données pour passer de la série aux séries

Matériau essentiel de la réflexion, le corpus photographique recueilli durant les sept années de l'observation a été réuni dans une base de données, dont l'architecture et l'administration ont été conçues13 pour mettre à la disposition des membres du comité de pilotage les séries d'images et les propositions de lecture de celles-ci, évoquées plus avant (voir « Déplacer le regard de l'image vers la série »). D'abord réservée aux membres du comité de pilotage, après habillage, la base a été mise à disposition du public sur un site Internet, toujours consultable à l'adresse suivante http://www.optmc.fr. Faute d'une utilisation de l'outil par ses commanditaires, l'OPTMC a pris l'initiative de le tester pour savoir quelles étaient les réponses apportées à certaines thématiques au cœur de la politique du 1 % pour l'A 89.

Trois thématiques étudiées

Les tests ont été effectués dans le cadre d'un mémoire de master (Craipeau, 2006) où trois thématiques ont été étudiées : cicatrisation autour des ouvrages et du tracé ; évolution des bourgs ; développement des zones à fort potentiel touristique.
Nous nous attardons sur la première pour montrer comment les ressources de la base ont été mobilisées et quel traitement en a été fait. Pour les deux suivantes nous irons directement aux conclusions et aux interrogations.

Cicatrisation autour des ouvrages et du tracé

La sélection des 16 séries qui documentent cette problématique nous a permis de travailler sur un corpus constitué de 112 images. Les variables choisies, illustrées graphiquement par les figures ci-dessous, fournies par « l'analyse par plan de la variation des matières du paysage » dans la base de données, ont été retenues pour rendre compte précisément de la problématique étudiée.




Ces images sont extraites de « Valorisation de la base de données 1 % Paysage et Développement. La reconduction photographique au service des territoires » (Craipeau, 2008). Photos de Christian Guy et Pierre Enjelvin/OPTMC.

La comparaison série par série des valeurs des différentes variables, fournies par les diagrammes à bâtons contenus dans la base et directement consultable sur le site Internet de l'Observatoire photographique A 89, permet de passer de l'analyse de chaque série à une vision globale de la thématique sur les 16 séries concernées.
Cette vision synthétique, traduite dans le tableau ci-dessous, laisse apparaître des convergences entre certains sites qui une fois rapprochés permettent de dégager à quelques nuances près trois tendances : cicatrisation totale et rapide, totale mais lente et, enfin, incomplète.

Extrait de « Valorisation de la base de données 1 % Paysage et Développement. La reconduction photographique au service des territoires » (Craipeau, 2008).

Il ne faut sûrement pas être surpris de ce constat. Peut-être aurait-il été fait sans les images de l'observatoire ? Mais il y a quelque chose d'indéniable devant les photos, ces empreintes du réel. Elles ne sont pas des illustrations, elles sont
des données objectives qu'il a été possible de transformer en une information statistique qui peut être partagée et traduite visuellement. Quelque chose nous ramène toujours aux images. C'est grâce à ces retours et arrêts sur les images que l'on peut faire une autre observation qui appellera une remarque. En lisant sur le site de l'observatoire la série A8919320, dont la cicatrisation est notée incomplète dans le tableau précédent, on notera que sur ce secteur où l'autoroute est en tranchée se développent très vite les genêts qui se substituent aux semis de graminées sur les talus rocheux. Si l'on poursuit les investigations sur le site en s'intéressant à des engazonnements en bordure de l'autoroute dans des conditions proches (peu de terre, talus de tranchée, sol insignifiant sur substrat granitique...) tels qu'on les trouve sur les sites A8919532, A8919320, A8919310, A8919242, AA8919012 et A8963190, on constate cette tendance à l'enfrichement et à la disparition progressive et souvent rapide des engazonnements.

Extrait de « Valorisation de la base de données 1 % Paysage et Développement. La reconduction photographique au service des territoires (Craipeau, 2008). Ici sont illustrés la corrélation entre l'évolution de la surface photographique de sol aménagé entre la fin des travaux de l'autoroute et l'année 2006 (variation du blanc au bleu foncé) et le pourcentage d'enfrichement (diamètre du cercle) de chaque site en 2006.

Une fois localisés sur une carte (voir ci-dessus), les sites d'observation photographique concernés et les analyses qui les accompagnent nous permettent de prendre la mesure du phénomène mais aussi de prédire pour les années futures une évolution identique des sites qui feront l'objet d'un engazonnement.
Ces résultats ne sont peut-être pas ceux attendus dans l'objectif d'évaluer la politique du 1 % ? Quoi qu'il en soit, ces constats renvoient les aménageurs à une question que l'on peut se poser grâce à l'observation photographique et à la lecture objective des séries d'images. Faut-il continuer à engazonner certains sites en bordure de l'autoroute (peut-être au bord de toutes les autoroutes) si l'on sait que, en une année ou deux, les résultats de cette pratique d'aménagement seront devenus invisibles... donc inutiles ? Sauf si des obligations réglementaires s'imposent, la réponse est assez vite trouvée. Et même en cas de règle, ne faut-il pas la moduler en fonction des enseignements tirés de l'observation ? Faute d'être une leçon de politique d'aménagement, il s'agit au moins d'une leçon d'économie qui nous est suggérée dans cette analyse.

Évolution des bourgs

La requalification des bourgs était l'un des « thèmes clés » inscrit dans le Livre blanc A 89, y faisant l'objet de « principes recommandés » comme « ... l'utilisation de matériaux locaux ou nobles, le recalibrage de l'espace piétonnier par rapport à la chaussée, les plantations d'accompagnement, le retraitement des façades par la couleur... ».
L'Observatoire photographique s'est positionné dans 25 centres-bourgs ou villages où allait se conduire un projet de requalification urbaine. En s'appuyant sur deux variables choisies à partir des analyses des transformations du paysage contenues dans la base de données - l'évolution du pourcentage rapport objets urbains14 sur objets ruraux entre T0 et Tn et l'évolution du pourcentage de sol aménagé entre T0 et Tn pour analyser les changements -, la carte ci-dessous a pu être établie, et montre des temps de réaction plus ou moins longs qui interrogent. C'est le cas, par exemple, des bourgs de Seilhac et de Gimel-les-Cascades, situés en Corrèze (voir les deux séries photographiques incluses dans la figure ci-dessous).

Pour établir cette carte, nous nous sommes servis des variables suivantes trouver dans la base de données : « évolution du pourcentage de sol aménagé entre T0 et Tn », « évolution du pourcentage du sol végétalisé entre T0 et Tn », « évolution du rapport objets urbains sur objets ruraux entre T0 et Tn », « évolution du nombre des objets » par catégorie du thésaurus : aménagements, bâti, réseaux, végétation. Photos de Christian Guy et Pierre Enjelvin/OPTMC.

En effet, à l'issue de sept années d'observation, on constate que la réactivité des deux sites n'est pas du tout la même. L'espace photographié à Seilhac a été totalement transformé en moins de trois ans alors que celui de Gimel-les-Cascades semble figé à la même date et dans les années qui suivent. Il le sera d'ailleurs pour nous jusqu'à ce 25 mars 2011 vers 17 heures, où la curiosité nous y a conduits une huitième fois pour le découvrir en travaux : la plus grande partie de la place déjà couverte de béton désactivé, un double alignement de bordures trottoir en béton type T3 fraîchement posées délimitant une future et longue jardinière dans l'attente de terre et de végétaux. Quelles sont les raisons exactes de ce silence temporel de l'aménagement enregistré par les photographies ? Trois ans à peine pour bouleverser l'espace urbain de Seilhac et... douze pour que frémissent les arbres de la place de Gimel-les-Cascades à l'approche des pelleteuses ? Et aussi quel rapport entre les politiques d'aménagement prônant pour les requalifications l'utilisation de matériaux locaux ou nobles ? Les pavés en béton qui inondent la place de l'Office-de-Tourisme à Seilhac et le béton désactivé qui fait de même sur la place centrale de Gimel-les-Cascades entrent-ils dans cette catégorie ? Pas pour les rédacteurs du Livre blanc A 89 qui recommandent calcaires, granites, schistes, grès, basalte... (Thuaud, 1998, p. 33), tous matériaux locaux en effet, socle des paysages traversés par l'axe.
Pas de réponses pour l'heure en ce qui concerne les premières questions posées suite à l'étude des deux sites observés. Quoi qu'en interrogeant dernièrement un membre de la DREAL Auvergne - Rhône-Alpes, nous avons eu quelques informations pour préciser notre questionnaire d'enquête - si nous venions à en faire un - face aux transformations qui s'écrivent au long des séries diachroniques. Ce référent 1 % pour les collectivités nous a expliqué que, par exemple, dans le cas qui nous intéresse, l'évolution-aménagement des centres-bourgs, un financement 1 % aurait pu être sollicité uniquement pour la part de l'investissement qu'il nomme « la valeur ajoutée de l'aménagement », qui correspondrait, ici, à la mise en œuvre de matériaux locaux ou nobles comme le recommandait l'État dans le Livre blanc A 89.

Développement des zones à fort potentiel touristique

La carte ci-dessous interroge elle aussi. L'année de sa réalisation, 2006, seuls deux sites, identifiés (point rouge) comme à fort potentiel touristique, ont « bougé ». C'est en s'appuyant sur nos variables d'analyse des transformations du paysage, ici l'évolution du pourcentage rapport objets « urbains » sur objets « ruraux » entre T0 et Tn et celle du pourcentage de sol aménagé entre T0 et Tn, que nous l'avons constaté.

Carte extraite de « Valorisation de la base de données 1 % Paysage et Développement. La reconduction photographique au service des territoires »(Craipeau, 2008).

Épilogue

Au moment où s'est fait ce travail d'une première exploitation des données, nous disposions de sept années de prises de vue sur près de soixante-dix sites et de cinq années pour une quinzaine d'autres auxquelles s'ajoutaient des éléments d'analyse des transformations des paysages selon les trois approches évoquées précédemment. Il était peut-être un peu tôt pour procéder à une première « évaluation » d'une politique dont les résultats peuvent mettre plusieurs années à se traduire dans nos cadres de vie, et qui de plus n'est qu'incitative. De nouvelles images dans chaque série auraient été nécessaires pour commencer à apporter des réponses sur la réactivité des territoires, dont on n'aurait su que par l'enquête si elle était impulsée par le recours aux orientations du 1 % et financée sur ses fonds. La démarche a pris fin maintenant depuis bientôt dix ans et nous ne savons plus ce qui se trame, se tisse, se montre sur les territoires traversés par l'autoroute.
D'autres outils d'évaluation ou plus simplement d'enregistrement des dynamiques territoriales avaient été mis en place à l'occasion de la création de l'axe. Il eut été intéressant de croiser l'histoire qui s'écrivait dans les images de notre observatoire depuis sept ans avec celles que traduisaient des enquêtes de terrain, les images cartographiques, les représentations statistiques produites avec d'autres approches, plus scientifiques.
Nous avons essayé de le faire avec l'Observatoire de l'environnement et des territoires de l'autoroute A 89 (Clermont-Ferrand-Bordeaux), mis en place en 1994, mobilisant une équipe pluridisciplinaire issue des universités de Clermont-Ferrand, Limoges, Bordeaux et Lyon, jalonnant l'axe autoroutier (Amelot, Couderchet, Favreau, 2004 et 2006 ; Varlet, 2004 ; DREAL Aquitaine, 2011). Nous avions pris contact avec cette équipe pour voir si des convergences existaient entre ses travaux et les nôtres, si des pistes nouvelles pouvaient lui être suggérées à la vue de nos photos et si, en retour, ses travaux pouvaient nous ouvrir les yeux, nous conduire à porter notre attention vers d'autres paysages, d'autres sujets...
En arrêtant de financer l'Observatoire photographique A 89 ainsi que celui animé par les universitaires, en 2007, le concessionnaire de l'axe a mis fin à nos intentions. Il a aussi coupé court à plusieurs autres études qui s'imposaient pour réaliser les premières étapes d'une évaluation qui auraient commencé par une double enquête : l'une en direction de l'initiateur de la politique du 1 % Paysage et Développement et de son seul financeur dans le cas de l'autoroute A 89, la société concessionnaire de l'axe, les ASF ; l'autre en direction des collectivités porteuses de projets faisant écho aux préconisations du 1 %. Il n'en sera rien puisque l'OPTMC ne dispose d'aucun moyen pour engager de tels travaux et que l'Observatoire de l'environnement et des territoires de l'autoroute A 89 n'existe plus à notre connaissance. Dommage d'avoir laissé passer une telle occasion, qui ne nous exonère pas de faire un premier bilan.

Bilan provisoire

À l'issue des sept années d'enregistrement photographique des dynamiques territoriales, la question s'est posée de la poursuite ou non de la démarche d'observation. En 2007, malgré nos demandes, elle a pris fin. Il reste donc aujourd'hui un site Internet pour en témoigner.
Beaucoup de questions se posent. La démarche qui se voulait pourtant bien plus complète que ce que les autres Observatoires, notamment ceux qui sont labellisés par le ministère de l'Environnement, de l'Énergie et de la Mer (Meem), avaient proposé en 2007 au moins n'a pas fait d'émules15. Si l'on se rappelle que toutes ces étapes ont été validées en comité de pilotage, jusqu'en 2007, il faudrait sûrement se retourner vers ses membres et vers le comité national de gestion du 1 % pour avoir des débuts de réponses à nos questions. Mais d'autres questions sont aussi à adresser à nous-mêmes.

Évaluation ou pas ?

On peut répondre assez lucidement que la démarche n'a pas consisté à évaluer mais y a peut-être contribué en réunissant un matériau, la photographie, et en produisant de la méthode pour le regarder avec objectivité. C'est à partir de cette méthode, que l'on a commencé à tester sur quelques séries associées à des thématiques spécifiques, que l'on a proposé d'alimenter la réflexion pour l'évaluation. D'une certaine manière, en testant, nous avons montré la capacité des images diachroniques à apporter une information objective sur la partie de territoire photographié. Les « réactivités » des images de paysage ne sont que des réponses-images et non des réponses territoriales. Mais en passant de la série aux séries, en changeant d'échelle, les réponses deviennent plus nombreuses. L'échantillon s'étoffant, le panel d'images étant représentatif de plus de situations paysagères, les réponses que l'on ira y chercher deviendront plus sûres. Fort de ces enseignements, on pourra aussi prévoir les transformations, les dynamiques sur des sites qui n'ont pas fait l'objet de prises de vue mais qui sont dans des situations proches (géographiques, d'usages, de pratiques, de projets) de celles connues grâce à un Observatoire photographique. On peut ainsi répondre à une critique qui nous a souvent été adressée : les paysages choisis sont-ils bien représentatifs des situations territoriales ? Ne laisse-t-on pas de côté des sites intéressants ? Même s'il nous est impossible de l'assurer, on peut tout de même dire qu'en cernant bien les thématiques qui président aux prises de vue, en analysant bien les transformations qui affectent au fil du temps les paysages en observation, on se donne la possibilité de prévoir ce qui peut advenir sur des sites qui ne font pas partie de ceux observés.
Mais l'évaluation n'est pas encore là, car elle n'était pas de notre ressort. C'est bien à ceux qui portent la politique du 1 %, ou encore à ceux qui y adhèrent (en profitent) de la faire. Or, personne ne s'en est inquiété à ce jour. Le peu d'empressement pour une évaluation du 1 % à partir de l'image pourrait aussi trouver son origine dans deux raisons : la politique envisagée soutenue est mauvaise ou elle n'a pas été mise en œuvre pour différentes raisons (mal expliquée, trop compliquée, pas assez d'encouragements, d'accompagnement...) ? Si c'était le cas, cela se verrait peut-être sur les images... mais seuls ceux qui le savent le remarqueraient.
Concernant tout particulièrement l'Observatoire photographique A 89, on remarquera que les réformes de l'État qui ont eu lieu durant la période d'observation photographique et qui ont notamment affecté les services instructeurs de la politique du 1 % - éclatement des DDE entre département et État, d'une part, et fusion des DRE avec d'autres services déconcentrés de l'État dans les DREAL, d'autre part - nous ont fait perdre de vue les interlocuteurs avec lesquels nous travaillions depuis plusieurs années. Le rachat des ASF par Vinci a fait de même, sans compter que les observatoires ne figuraient pas dans les priorités du nouveau propriétaire.
On peut aussi se demander si l'observation photographique a une place dans la réflexion territoriale aujourd'hui ? Faut-il croire qu'on la finance par mode ? Pense-t-on qu'il s'agit d'un dispositif qui peut produire des images de communication ? En tout cas, les ASF qui voulaient le croire ont dû déchanter : parmi les soixante-dix séries diachroniques de sept images, qu'elles avaient financées à 50 % en prenant sur les fonds 1 % qu'elles géraient, elles n'en ont trouvé qu'une seule pouvant figurer dans un rapport annuel des activités du groupe !

Mais l'OPTMC doit aussi se questionner face à cette non-prise en main d'une méthode qui semblait pourtant susciter l'intérêt des membres du comité de pilotage. Peut-être est-elle compliquée à utiliser et qu'il faut la repenser. La proposition méthodologique de lecture des images que nous retraçons dans cet article a vu le jour entre 2001 et 2002 à une époque où peu de travaux s'étaient intéressés à l'analyse comparative des séries diachroniques. Des études plus récentes s'emploient à recenser différentes approches analytiques et à montrer la ressource que constituent les séries photographiques diachroniques pour appréhender les dynamiques paysagères (Guittet et Le Dû-Blayo, 2013 ; Soller 2015).
Peut-être que le site n'est pas assez attractif, trop compliqué d'accès. Ainsi, alors que nous y avons réservé un espace pour que ses consultants puissent déposer des commentaires (voir l'onglet « Commentaires » de la fiche de site sur http://poptmc.free.fr) en regard des images de chaque série pour faire part de leurs impressions face aux changements, depuis 2006, date d'ouverture du site, nous n'avons pas enregistré le moindre commentaire ! Pourtant cette prise de parole, outre qu'elle donnait une dimension participative, ouverte à l'Observatoire photographique, nous semblait prometteuse pour une évaluation qualitative, sensible, indispensable. Par le biais du site, elle aurait pu remonter vers les initiateurs du 1 %. Elle serait venue compléter les analyses qui pouvaient être faites à partir des données objectives contenues dans la base de données photographiques.

Des chantiers à poursuivre

Il faut redonner leur place aux images et pour cela il faut en disposer.
Pour inciter à se saisir de toutes les données de l'Observatoire photographique A 89, il faut les rendre plus accessibles. Offrir des fonctionnalités nouvelles semble un des chantiers à mener pour y parvenir. Des requêtes permettraient de trier des informations qui sont dans la base de données mais qui ne peuvent être extraites automatiquement à l'heure actuelle. Par exemple, trier les événements (apparition, disparition, modification) et les objets signifiants qu'ils affectent permettrait de s'interroger, entre autres, sur les politiques ou les non-politiques d'aménagement, de quitter les visions surplombantes, globalisantes pour se mettre au plus près de la réalité du terrain et, de là, se donner la possibilité de faire dialoguer les élus prescripteurs et les habitants. Travailler sur les variations en pourcentage dans l'image des trois plans de lisibilité reviendra à s'intéresser à ce que l'on « nous donne à voir » ou à ce que l'on « nous cache », etc.
Ces interrogations de la base ont aussi pour but de donner du sens aux images, une valeur ajoutée supplémentaire, car on saura pourquoi on veut les regarder. Ces offres nouvelles d'accès à la donnée peuvent ouvrir des perspectives aux chercheurs. Le travail que nous relatons dans cet article s'est réalisé dans ce mariage d'une approche sensible apportée par les photographes via leurs images et d'une approche scientifique venue des géographes, des spécialistes des politiques publiques. On ne peut pas dire que la relation ait été stérile, même s'il y a encore bien des pistes à explorer, des chantiers à ouvrir. Dans les séries diachroniques, dans la manière de les analyser, la nôtre ou celle des autres évidemment, dans les réactions sensibles qu'elles suscitent, il y a sûrement des éléments pour évaluer des actions publiques16.
Mais il y a autre chose. Quelque chose que nous ne savons pas encore, qui a déjà surgi dans le cours de l'observation et qui nous échappe en partie faute d'une exploration complète des résultats de la démarche : c'est l'inattendu, l'impensable... Si vous analysez - avec méthode évidemment - les séries diachroniques de l'Observatoire photographique A 89, comme celles d'autres observatoires, vous y trouverez des situations surprenantes qui renouvellent votre regard sur le territoire des autres et par retour sur le vôtre. Les questions qu'elles soulèvent encouragent à remettre la clé de contact, à repartir à l'observation photographique des territoires... par l'A 89 ou une route communale.

Mots-clés

Infrastructure, aménagement du territoire, dynamique paysagère, séries diachroniques, évaluation des politiques publiques
Infrastructure, regional development, landscape dynamics, diachronic series, evaluation of public policies

Bibliographie

Amelot, X., Couderchet, L., Favreau, B., « Autoroute A 89, réorganisation foncière et changements paysagers », rapport de l'Observatoire de l'environnement et des territoires de l'autoroute A 89, UMR CNRS ADES, université de Bordeaux, 2004.

Amelot, X., Couderchet, L., Favreau, B., « A 89, réorganisations foncières et changements paysagers », Atlas Territoires et environnement de l'autoroute 89, rapport de l'Observatoire de l'environnement et des territoires de l'autoroute A 89, UMR CNRS ADES, université de Bordeaux, 2006.

Bertho, R., « Le paysage autoroutier, une invention photographique », Pour mémoire, revue des ministères de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie et du Logement, de l'Égalité des territoires et de la Ruralité, n° 16, 2015, p. 16-29.

Craipeau, J., « Valorisation de la base de données 1 % Paysage et Développement. La reconduction photographique au service des territoires », mémoire de master 1, UBP, Clermont-Ferrand, octobre 2008.

Direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement Aquitaine, « Bilan des Études de l'Observatoire socio-économique de l'A 89 et transpositions et ses enseignements sur les territoires traversés par l'A 65 », janvier 2011.

Enjelvin, P. et Guy, C., « L'observatoire photographique de l'autoroute A 89, méthodes et questions sur la mise en images des impacts paysagers autour de l'autoroute A 89 », dans Michelin, Y. (dir.), Des paysages pour le développement local. Revue d'Auvergne, n° 571, Clermont-Ferrand, 2004.

Guittet, C. et Le Dû-Blayo, L., « Les photographies du paysage : quelles analyses des dynamiques paysagères ? », Projets de paysages, n° 9, décembre 2013, URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/les_photographies_du_paysage_quelles_analyses_des_dynamiques_paysageres_.

Médiathèque Terra du ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie à Observatoire photographique national du Paysage, 2015, URL : https://terra.developpement-durable.gouv.fr/observatoire-photo-paysage/home/.

Ministère de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable et de la Mer, « L'Observatoire photographique au service des politiques du paysage, actes du colloque européen du jeudi 13 et vendredi 14 novembre 2008 », Paris, 2009.

Ministère de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable et de l'Aménagement du territoire, « Itinéraires photographiques, Méthode de l'Observatoire photographique du paysage », 2008.

Ministère de l'Environnement, de l'Énergie et de la Mer, URL : http://extranet.observatoires-photographiques-paysages.din.developpement-durable.gouv.fr/ (Utilisateur : opp - Mot de passe : extr@opp).

Ministère de l'Équipement, des Transports, du Logement, du Tourisme et de la Mer, « Politique 1 % Paysage et Développement, Les itinéraires de découverte », guide méthodologique, Sétra, décembre 2003.

Séquences Paysages. Revue de l'Observatoire photographique du paysage, Paris, ministère de l'Environnement/Hazan, n° 1, 1997.

Séquence paysages, revue de l'observatoire photographique du paysage, Paris, ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement/ARP Éditions, 2000.

Soller, I., « Quelle analyse des dynamiques paysagères présentes dans le fonds photographique d'un Observatoire Photographique du Paysage ? Le cas de la Picardie Maritime », mémoire de fin d'étude d'ingénieur, Agrocampus Ouest-DREAL Picardie, 2015.

Thuaud, B. (dir.), Livre Blanc A 89, Bordeaux/Clermont-Ferrand, Bordeaux, Direction régionale de l'Équipement d'Aquitaine, juin 1998.

Varlet, J., « A 89 et développement économique : les zones d'activités (état-référence), Observatoire A 89 », rapport à ASF dans le cadre de l'Observatoire de l'autoroute A 89 (Clermont-Ferrand-Bordeaux), université de Savoie, Chambéry, 2004.

http://www.ecosociosystemes.fr/paysages.html#a, l'inventaire des composantes plastiques dominantes

http://www.optmc.fr

http://www.combrailles.com/le_smad_des_combrailles_et_ses_actions/le_smad_des_combrailles_et_ses_adherents/le_smad_des_combrailles

Auteur

Pierre Enjelvin

Photographe et écrivain, Pierre Enjelvin a réalisé avec Christian Guy la mission photographique de l'Observatoire photographique de l'autoroute A 89. Il a accompagné toute la démarche qu'il expose dans cet article. Depuis plusieurs années, il intervient dans des établissements d'enseignement supérieur (Vetagro Sup, UBP Clermont-Ferrand, ENSA Clermont-Ferrand, ENSP Versailles-Marseille) et au CNFPT dans le cadre de formation sur le grand paysage. Il a conduit plusieurs missions d'observation photographiques pour l'État (baie du Mont-Saint-Michel, sites protégés du Val d'Oise...) et des enquêtes photographiques auprès des habitants pour des parcs naturels régionaux.
Courriel : p.enjelvin@sfr.fr

Pour référencer cet article

Pierre Enjelvin
L'Observatoire photographique de l'A 89 : une démarche abandonnée au bord de l'autoroute
publié dans Projets de paysage le 13/01/2017

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/l_observatoire_photographique_de_l_a_89_une_d_marche_abandonn_e_au_bord_de_l_autoroute

  1. OPNP qui se substitue à la première appellation (OPP) devant la multiplication des initiatives de type observatoire photographique.
  2. Ministère de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable et de la Mer.
  3. Ministère de l'Équipement, des Transports, du Logement, du Tourisme et de la Mer.
  4. Le site http://www.enroute.massif-central.equipement.gouv.fr/la-politique-du-1-paysage-et-a423.html fournit un éclairage sur les évolutions de la politique du 1 % Paysage et Développement de son entrée en vigueur (1989) jusqu'aux modifications dont elle a été l'objet en 2003. Notamment sa simplification : apparition d'un « dossier d'axe » en remplacement du triptyque initial : livre blanc, charte d'itinéraire et charte locale.
  5. Dans la suite du texte, nous employons cette appellation pour  « Politique du 1 % Paysage et Développement ».
  6. L'OPTMC est une association loi 1901 créée en 1999 à l'initiative de photographes, de techniciens, de chercheurs préoccupés par le paysage et l'aménagement du territoire. Tous étaient conscients de l'intérêt de la photographie de paysage comme support de médiation entre les différents acteurs du territoire, et la mobilisaient régulièrement dans leurs missions et travaux.
  7. L'ensemble des photographies produites selon le principe de la reconduction à partir d'un point de prise de vue dans le temps de l'observation. La série ainsi produite est dite diachronique (littéralement « à travers le temps »).
  8. La partie sud-ouest de ce désormais pays, qui réunit 103 communes, est traversée par l'axe autoroutier.
  9. Disparue et intégrée dans la DREAL, tout comme les DRE et les DDE pour partie.
  10. La réflexion a été conduite entre 2002 et 2004 au sein du conseil scientifique de l'OPTMC, réunissant des enseignants-chercheurs en géographie : Thierry Joliveau, Laurent Lelli et Yves Michelin, suivie et complétée des remarques de Patrick Moquay et Vincent Piveteau (ENSP Versailles-Marseille), et avec le concours d'un paysagiste Mathieu Pain et des photographes Pierre Enjelvin et Christian Guy.
  11. http://poptmc.free.fr et aussi à l'adresse suivante : www.optmc.fr.
  12. Ce thésaurus a été soumis en 2003 pour corrections et compléments éventuels aux membres du comité de pilotage et validé par lui. Seule la DIREN Auvergne y a apporté une contribution, les autres membres du comité la validant sans faire de remarques.
  13. L'ensemble de ce travail a été réalisé par Yvan Calcagni, ingénieur SIG, avec l'accompagnement des membres du conseil scientifique de l'OPTMC et les deux photographes de la mission.
  14. Nous avons choisi cette appellation en remarquant que des objets standardisés (mobiliers urbains, matériaux...) que nous voyons apparaître presque systématiquement dans les villes depuis des décennies maintenant apparaissaient eux aussi systématiquement dans les photographies qui concernaient les aménagements des bourgs et des villages.
  15. Nous avons vu apparaître des propositions d'analyse des contenus des images jusqu'à des emprunts de vocabulaire sur certains sites d'Observatoire qui témoignent d'un intérêt pour notre travail, dont il faut se réjouir.
  16. Il ne faut pas oublier les actions privées qui surgissent aussi dans les images et qui interfèrent avec l'action publique comme nous l'avons remarqué en d'assez nombreuses occasions sur les sites photographiés. Elles peuvent elles aussi faire l'objet d'une attention particulière, critique.