De l'individuel au collectif, des mythes aux pratiques

Le paysage culturel de Rio de Janeiro vu par ses habitants

From the Individual to the Collective, From Myths to Practises

The Cultural Landscape of Rio de Janeiro as Seen by its Inhabitants
13/01/2017

Résumé

Cet article retranscrit les résultats d'une enquête ethnographique menée en 2011 auprès d'habitants expérimentant au quotidien une partie des territoires de la ville de Rio de Janeiro reconnue depuis juillet 2012 comme patrimoine mondial de l'Unesco. Ces résultats permettent, d'une part, de questionner les relations esthétiques, politiques et écosymboliques que les habitants tissent avec leur milieu de vie et, d'autre part, d'esquisser une cartographie d'un paysage culturel tel que perçu par les habitants. La confrontation de cette cartographie avec celle institutionnelle permet de décrypter les enjeux dont le paysage culturel carioca est porteur à la croisée entre dimension sociale et politique et portant sur la corrélation entre le rapport sensible de l'individu à son environnement et les modèles culturels de paysage attachés au rapport collectif d'un groupe à son espace. Nous souhaitons, avec cet article, contribuer à faire reconnaître le potentiel du paysage en tant que figure porteuse du rapport des sociétés à leurs territoires et permettant de travailler les liens entre matériel et immatériel et entre individuel et collectif dans nos sociétés contemporaines.
This article reviews the results of an ethnographic survey conducted in 2011 among inhabitants who regularly frequent areas in Rio de Janeiro listed in 2012 as part of the UNESCO world heritage. The results raised questions concerning the aesthetic, political and eco-symbolic relations established by the inhabitants with their living environment, on the one hand, and on the other hand, made it possible to draw a map of a «cultural landscape» as perceived by the inhabitants. The comparison of this cultural map with institutional maps makes it possible to interpret the issues involved in the carioca's «cultural landscape» and which lie somewhere between the individual perception of the environment and the cultural landscape models of the relationship between a group of people and its space. With this article we seek to contribute to the recognition of the potential of a landscape to represent the relationships between social groups and their territories and to work on the connections between the tangible and intangible as well as the individual and collective aspects of our contemporary societies.

Texte

Une partie des territoires de Rio de Janeiro a été reconnue comme paysages culturels1 et inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco en juillet 2012. Au-delà d'une reconnaissance patrimoniale institutionnelle, la procédure de labellisation s'est forgée en interaction avec les transformations urbaines en cours en vue de l'accueil d'événements internationaux (Coupe du monde de football, 2014 ; Jeux olympiques d'été, 2016) et avec les intérêts économiques, diplomatiques et symboliques qui les orchestrent. Cette procédure s'intègre donc dans un processus plus vaste qui concerne la construction du paysage carioca2, lequel est ainsi appréhendé comme une entité mouvante, complexe, hétérogène et plurielle, objet de récits variés.
La diversité des récits3 qui racontent le paysage illustre combien un paysage urbain est insaisissable et offre une multitude de signes et d'images qui stimulent la perception, obligeant chacun à construire ses propres repères, ses propres significations. Ainsi, un paysage culturel4 ne se définit pas que selon des critères objectifs et factuels, mais est aussi configuré par les pratiques des gens qui l'habitent, le fréquentent, y travaillent, y vivent. Car au-delà de sa matérialité à laquelle il ne peut être réduit, le caractère d'un paysage s'élabore symboliquement, notamment à travers les discours et récits qui, en le racontant, le configurent (Récanati, 1981). C'est à ces derniers que nous proposons de nous intéresser.
Notre objectif est de comprendre l'imaginaire5 que les habitants ont du paysage culturel carioca et l'expérience d'une réalité du monde qui en émerge. Par l'analyse des différents discours et récits, nous souhaitons saisir les représentations socioculturelles qui permettent à ces habitants de vivre dans un paysage urbain et de se l'approprier, quand d'autres cherchent à le gouverner ou à le façonner. Notre posture est d'aborder l'imaginaire des habitants à partir d'une observation participante, laquelle nous permet de porter un regard depuis l'intérieur (Fava, 2007), d'adopter une posture du dedans (Biase, 2014) pour accéder aux paroles des habitants. Pour cela, nous avons mis en place une démarche d'enquête directe auprès d'un panel d'interlocuteurs6 selon un protocole qui se fonde sur la production de « cartes habitantes » vis-à-vis d'un territoire donné7. Ce protocole se décompose en trois séries d'entretiens8. La première est initiée par une question générale portant sur la ville. La thématisation des entretiens permet d'extraire une série de mots. Au cours d'un second entretien, chaque interlocuteur est amené à composer des groupes de mots à partir des mots de la liste précédemment dressée. Une nouvelle étape de thématisation de ces groupes de mots est réalisée afin d'en extraire des idées de ville. Le dernier entretien dit « cartographique » amène chaque interlocuteur à identifier sur un fond de plan les idées de ville. Au cours de ces rencontres avec les habitants, l'entretien représente un moment particulier durant lequel un savoir urbain se coconstruit entre l'enquêteur et l'interlocuteur9. La carte est l'outil principal de cette coconstruction : dans un premier temps, elle est employée comme support méthodologique pour écouter la parole des habitants et ainsi faire émerger une « connaissance ordinaire » (Sansot, 1986) ; dans un second temps, elle est utilisée comme un outil qui participe à la construction et à la transformation du regard des habitants sur le territoire (Biase, 2014). Nous souhaitons donc utiliser la carte comme support de la parole des habitants pour confronter cette parole à celles des professionnels10, notamment ceux qui interviennent dans le travail de sélection de territoires pour candidater en tant que paysages culturels. Finalement la parole des habitants, portée par cette production de « cartes habitantes », devient lisible par les professionnels de la ville et les cartes habitantes peuvent à leur tour participer au processus de patrimonialisation. Car une procédure de patrimonialisation à la liste du patrimoine mondial implique une représentation cartographique du paysage. Ce qui peut sembler paradoxal si l'on considère, selon Michel Collot (1986, p. 211), que le paysage est avant tout un espace perçu qui ne se construit pas par l'intermédiaire d'un système symbolique (carte) ou socioculturel (territoire) mais qui se situe du côté de l'espace vécu et de la sensation. Cependant, dans le cadre d'une patrimonialisation à l'Unesco concernant des territoires, il est nécessaire de poser les limites de l'objet patrimonial pour pouvoir ensuite en assurer la préservation et la gestion. Ces exigences impliquent donc l'élaboration d'une carte dans le sens d'une construction rationnelle.
Notre propos suit le fil de l'enquête ethnographique. Sur la base des résultats de cette enquête, nous proposons de questionner les relations esthétiques, politiques et écosymboliques que les habitants tissent avec leur territoire11. Puis, la confrontation entre les lieux identifiés dans les cartes institutionnelles12 du paysage culturel et les lieux esquissés dans les cartes des habitants nous permet de décrypter les enjeux dont le paysage culturel carioca est porteur.
À partir de l'analyse des résultats successifs de cette ethnographie13, nous proposons de révéler les contours du paysage carioca sous l'angle du patrimoine, tels qu'envisagés par ceux qui le pratiquent au quotidien dans le contexte de transformation urbaine que traverse leur environnement. Nous ne souhaitons pas avec cet article donner une définition de la notion de paysage, ni de celle de paysage culturel mais apporter des éclairages sur les caractéristiques d'un imaginaire autour de la valeur patrimoniale d'un paysage. Nous pourrons ainsi comprendre quelles sont les valeurs que ces habitants mobilisent dans leur imaginaire d'un paysage culturel.

Le territoire par les sentiments

Les résultats de la première étape de l'enquête ethnographique

La première étape de l'analyse ethnographique a consisté à recueillir le récit des interlocuteurs14, les écouter raconter leur propre expérience du territoire à partir de la question suivante : « Que signifie hériter d'une ville, pour vous ? » La thématisation de cette première série d'entretiens a fait ressortir une liste de trente mots : accessibilité, accueillir, consistance, créativité, dignité, diversité, échange, éduquer, faciliter, focus, hégémonie, identité, idéologique, intensité, joie, liberté, mimétisme, modération, mouvement, nature, normalisation, optimisme, permanence, potentialité, profiter, respect, sécurité, stimulation, tradition, singularité. Ces mots se rapprochent pour la plupart de propriétés intangibles. Ils n'ont pas trait à des caractéristiques physiques directement applicables à des ensembles édifiés mais plutôt à des caractéristiques mettant l'accent sur la dimension subjective de la ville (Pereira, 2000). Ainsi, lorsque Maria parle de la statue du Christ rédempteur, ce n'est pas en tant qu'œuvre d'un artiste particulier ou prouesse technique pour une époque donnée mais en tant que symbole de paix, d'amour et d'hospitalité : « De quoi j'aurais aimé hériter ? ... Le Christ rédempteur, tu sais ?.... le Corcovado. Car il signifie la paix, non ? ! Mais aussi l'amour. Il est là, les bras ouverts accueillant tous ceux qui arrivent. » [Maria, entretien, Rio de Janeiro, juin 2011.]
Le seul élément tangible, qui ressort des entretiens, est la nature. Mais il convient de nuancer ce versant matériel de la nature en reconnaissant, à l'instar de Margareth da Silva Pereira, les multiples sentiments que sa contemplation inspire et en reconnaissant « la nature elle-même comme expérience historique » (Pereira, 2000, p. 313). Ainsi, Pablo regrette que les éléments naturels soient aujourd'hui autant dégradés et insiste sur l'importance de faire attention à la nature : « Ce dont j'aurais aimé hériter de l'ancien Rio de Janeiro, je pense que ce sont les beautés naturelles que nous avons perdues, tu sais ? Parce qu'aujourd'hui, il y a tant de lacs pollués, de rivières détruites, la forêt qui fut dévastée, la baie de Guanabara qui aujourd'hui n'a plus de baleines, plus de dauphins, presque plus rien hormis des déchets. Transmettre cette conscience qu'il est nécessaire d'avoir une responsabilité, une attention pour la ville. C'est ce dont j'aurais aimé hériter [...] » [Pablo, entretien, Rio de Janeiro, mai 2011]. Par ailleurs, nous pouvons noter que les mots renvoient à des sentiments plutôt qu'à des émotions15. Le paysage a pu susciter des émotions auprès des interlocuteurs qui se sont ensuite stabilisées dans la durée des usages pour venir constituer des sentiments rattachés à un imaginaire social. Par exemple le sentiment d'apaisement, que procure à Cristina la vue depuis la baie de Botafogo, s'est construit progressivement à force de fréquenter ce lieu. « Chaque jour je viens sur la plage de Botafogo prendre le soleil. Cette vue pour moi est le meilleur psychologue qui soit. Quand je vois la beauté de ce paysage, je suis convaincue qu'il existe quelque chose d'autre que l'homme sur terre. » [Cristina, entretien, Rio de Janeiro, mai 2011.]
Relevant le poids de l'expérience vécue dans les récits des interlocuteurs, nous constatons que ces récits portent plus sur une expérience vécue du paysage (Tilley, 1994 ; Berque, 2008) plutôt que sur une pensée du paysage ou une approche du paysage en tant qu'objet porteur d'une valeur patrimoniale. Cette expérience vécue du paysage laisse une place majeure à la sensibilité dans les récits par opposition à une certaine rationalité16. La ville et ses territoires sont donc racontés par les habitants en tant qu'espaces vécus, chargés d'émotions et éveillant un sentiment. Cette tension entre le vécu et les sentiments, bien que personnelle et chaque fois unique, doit également être envisagée d'après les conditions socioculturelles qui l'influent. C'est en considérant cela que nous allons maintenant nous intéresser aux mythes auxquels renvoient certains des récits des habitants.

Le territoire par les mythes

Les résultats de la seconde étape de l'enquête ethnographique

À partir de la liste de mots précédemment identifiés, chaque interlocuteur a dû - au cours d'un second entretien semi-directif - constituer des groupes de mots en un ensemble cohérent qui fait sens pour eux par rapport à la ville.


Second entretien : tableau de mots17.


En éclairant l'analyse de ces groupes de mots avec les entretiens, nous pouvons faire apparaître sept idées de villes héritées et/ou à hériter (la ville rationnelle, la ville allègre, la ville juste, la ville bienveillante, la ville nourricière, la ville des possibles et la ville plurielle) qui font écho à des conditions historiques, sociales et culturelles qui ont marqué la construction de l'identité territoriale des cariocas.
À titre d'exemple18, la ville bienveillante est composée par les mots accueillir, échange, éduquer et nature. Beaucoup d'interlocuteurs ont manifesté leur souci pour un accueil de l'autre qui passe par le partage et qui crée les conditions propices à un échange. Ce souhait d'accueillir l'autre et d'être dans l'échange entraîne aussi pour la plupart des interlocuteurs un sentiment de bien-être et de confiance favorable à la transmission d'un savoir, à l'éducation. Cette volonté de partage est également très présente dans la relation à la nature qui est présentée comme bienveillante par les interlocuteurs. « Accueillir selon moi est l'une des choses les plus importantes dans l'éducation que ce soit dans la famille ou dans le tourisme. Si tu sais accueillir, tu sais éduquer et quand une personne se sent accueillie elle se retrouve dans une situation propice à l'apprentissage. Puis l'éducation lui permet de mieux se connaître et ensuite d'échanger avec les autres. Et dans ce contexte, la nature pourrait être mieux préservée, mieux respectée. Nous cesserions d'être des citadins de la ville pour devenir des citadins du monde, de la planète ; ce qui nous apporterait plus de joie et de liberté. » [Debora, entretien, Rio de Janeiro, mai 2011]. Nous pouvons effectivement rappeler combien la nature a joué (Abreu, 1992) et continue de jouer un rôle important dans le développement de la ville de Rio (Zamant, 2015) à travers par exemple le rôle régulateur du massif de la Tijuca pour le maintien de la biosphère (Figueira et Santos, 2012) ou le rôle de ce massif dans la structure sociospatiale de la ville (Lézy-Bruno, 2008). Cette volonté de connivence (Sautter, 1979), exprimée par plusieurs interlocuteurs, renvoie, d'une part, au fait que la « nature n'est pas extérieure à l'homme, tout comme celui-ci n'est pas en dehors d'elle » (Younès, 2010) et, d'autre part, au fait de se sentir comme étant « de la même pâte que la ville » (Sansot, 2004, p. 616).

À travers chacune des « idées de ville » il est possible de comprendre les différents sentiments que peut éveiller un environnement urbain. Ces « idées de ville » peuvent ainsi être considérées comme des Stimmungslandschaft, à savoir comme des ensembles de sentiments éveillés par un lieu (Bidinost, 2012).
Les trois premiers Stimmungslandschaft (la ville allègre, la ville juste et la ville bienveillante) font écho à deux mythes19 à travers lesquels l'identité brésilienne s'est construite : l'homme cordial et le bandit. Dans les années 1920, les intellectuels ont exalté ce trait de caractère brésilien qui veut qu'il soit tolérant, amical, doux, généreux, modeste et ouvert (Zweig, 2005, p. 171). Souvent d'origine européenne, le fondement des propos de ces intellectuels a contribué à la construction du mythe de « l'homme cordial » (Holanda, 1998, p. 232). Quant à la figure du bandit, elle est présentée par Roberto da Matta (1983) comme une réponse au problème de la lutte sociale dans la société brésilienne. Par l'astuce, la débrouille, la marginalité, la malice, la ruse et avec l'autodérision comme arme principale, le bandit se venge d'un système qu'il considère inégalitaire.
Les trois autres Stimmungslandschaft (la ville nourricière, la ville des possibles et la ville plurielle) peuvent quant à eux être reliés au mythe de la nation métissée et du carioca, et à la devise de la nation brésilienne « Ordem e Progresso » (Freyre, 1959 ; Lessa, 2005). Cette identification aux valeurs républicaines s'accompagne à l'époque d'une forte immigration (Vidal, 2014) qui prétend venir pour « faire l'Amérique » et contribuer au blanchiment de la population métisse. Nous constatons ici une autre facette de l'identité brésilienne construite ex nihilo. L'élite brésilienne s'attache effectivement au début du XXe siècle à construire l'identité de sa jeune nation à travers la négation de tout ce qui la dépeint comme exotique aux yeux des Européens et des Nord-Américains (Lopes, 2000b, p. 15). Le mouvement anthropophage (Andrade, 1982) s'est positionné en contrepoint de cette vision qui tend à construire le Brésil comme le reflet inerte de l'Europe. Il marque ainsi un renouveau dans la construction identitaire d'un Brésil qui souhaite désormais assumer avec fierté son métissage ; et comme l'analyse Carlos Lessa, la ville de Rio de Janeiro est la vitrine de ce renouveau : « Rio [...] est devenue au début du siècle le microcosme du Brésil. Elle fut l'image-synthèse du Brésil postcolonial » (Lessa, 2005, p. 13).
Nous avons pu constater que les Stimmungslandschaft qui se dégagent à la lecture croisée des groupes de mots trouvent un fondement dans une histoire nationale traversée par des mythes construits à l'étranger et/ou par les étrangers. Prolongeant cette idée de la contribution de l'étranger dans la construction de certaines caractéristiques de l'identité brésilienne, nous souhaitons remarquer, comme le relève Margareth da Silva Pereira, que « ce sont les terres "étrangères" qui aident à donner la matérialité et l'image à l'idée de pays, [...] » (Pereira, 2000, p. 315). À force de répétitions, ces mythes sont incorporés à l'imaginaire collectif. Revenant aux entretiens, le va-et-vient observé entre l'expérience individuelle sensible20 des lieux et l'imaginaire collectif que ces derniers véhiculent peut être rapproché de la distinction que Guy Di Méo (1996, p. 255) propose entre la territorialité (représentation individuelle) et le territoire (représentation collective). Cependant à l'instar de Pierre Sansot, il convient de reconnaître qu'il ne peut y avoir de distinction tranchée entre le vécu intime d'un territoire et les mythes chargés de conventions dont ce territoire peut être investi ; au contraire, le vécu « nourrit, authentifie certaines mythologies (celles des journaux, des rengaines, des romans faciles) et celles-ci en revanche donnent consistance au vécu (les paroles, les marches, les habitudes des hommes de la ville) » (Sansot, 2004, p. 31). Ainsi chacun des récits des habitants illustre en filigrane cette tension entre les émotions officielles et celles vécues réellement (Herzfeld, 1997), entre l'individu et le collectif. La troisième et dernière partie de l'enquête ethnographique est l'occasion de travailler, suite à la production de « cartes habitantes », sur ce passage de l'individuel au collectif.

Le territoire par l'immatériel

Les résultats de la troisième étape de l'enquête ethnographique

Au croisement entre les différentes idées de villes identifiées précédemment, nous avons construit six catégories : densité, distraction, générosité, harmonie, mouvement et transmission. Ces six catégories ont été proposées aux interlocuteurs au cours d'un troisième entretien semi-directif, dit cartographique, pour qu'ils spatialisent leur récit sur la ville en général à l'échelle de leur quartier21. Ils ont ainsi dû identifier sur un fond de plan les lieux où, selon eux, s'expérimentaient les notions de densité, distraction, générosité, harmonie, mouvement et transmission. Ces notions leur ont été présentées à travers des questions formulées de façon à susciter des approches de l'espace urbain, aussi bien tangibles qu'intangibles.

Cartes par habitant et par thématique (mouvement et harmonie).

Notre volonté de rendre compte d'un regard collectif plutôt que d'un ressenti individuel par la carte suppose de spatialiser, sur une échelle qui embrasse un territoire plus vaste, un récit collectif construit à partir de plusieurs récits individuels pensés à la petite échelle22. Nous souhaitons que les cartes produites par chacun des interlocuteurs puissent être appréhendées de façon synchronique, être lues ensemble, être embrassées d'un regard (Biase, 2014, p. 132). Nous voulons que la carte serve « pour voir d'emblée, synchroniquement, les choses en nous donnant ainsi la possibilité de poser des questions que l'on n'aurait pu élaborer sans cette vision d'ensemble. » (ibid., p. 135). Ce récit collectif spatialisé peut ensuite être mis en dialogue avec d'autres discours, indépendamment de préoccupations d'échelles ou d'expertises. Dans cet objectif, l'ensemble des cartes individuelles thématiques a été traduit, par superposition23, en six cartes collectives reprenant les six thématiques. La lecture synchronique de ces cartes collectives nous permet finalement d'identifier des lieux constitutifs de l'imaginaire des habitants (plus un lieu est identifié par une tonalité foncée plus un nombre important d'interlocuteurs a identifié ce lieu comme relevant de la thématique de la carte). À titre d'exemple, nous présentons ici celles concernant les notions d'harmonie et de mouvement.

Cartes collectives


Carte collective harmonie.

Dès les premiers entretiens, les interlocuteurs ont manifesté leur souci d'une ville apaisante, calme dans laquelle on se sent en accord avec son environnement et où chacun trouve sa place et évolue sereinement. Ces caractéristiques ressortent de la ville plurielle, de la ville bienveillante et de la ville juste. Il s'agit de lieux au cadre physique et à l'atmosphère harmonieux. Des entretiens, il est ressorti que la ville, dite harmonieuse, est celle des plages où l'on peut contempler le paysage en toute sérénité, celle des monts qui offrent des vues. Cette ville se compose également des ensembles urbains, perçus comme unitaires et de petite échelle, qui s'intègrent à la nature. À la lecture de la carte collective « harmonie » (voir carte ci-dessus) les lieux clefs sont la plage et la baie de Botafogo, la favela Chapeu Mangueira, la place du général Tiburcio (plage Vermelha), le mont et le quartier Urca et le quartier militaire de Sao Joao.

Carte collective mouvement.

Le mouvement est une thématique transversale qui, associée à l'activité, l'animation, l'inversion, l'évolution, le changement, a été relevée à travers la ville allègre, celle des possibles et la ville multiple. Des entretiens, il est ressorti que la ville, dite en mouvement, est celle des voies de circulation, des lieux qui peuvent accueillir des activités diverses comme les plages ; des lieux où il y a du passage, où les situations évoluent, changent rapidement. À la lecture de la carte collective « mouvement », les lieux clefs sont la plage de Botafogo, les centres commerciaux, l'université, les grands axes de circulation, la place Almirante Julio de Noronha, la plage, la promenade et le bar de la Urca et la promenade de Botafogo.

Les contours de l'imaginaire des habitants

À partir de la synthèse24 des cartes collectives, huit lieux ressortent : la baie de Botafogo, la promenade de Copacabana, la promenade du quartier de l'Urca, le mont Urca, le Pain de Sucre, la plage Vermelha, la plage de Leme et le parc du Lido. Nous pouvons considérer ces lieux comme porteurs de sens pour les interlocuteurs au vu de la question initiale sur l'héritage d'une ville. À partir des récits des habitants et au regard des catégories décrites précédemment, nous avons identifié trois grandes caractéristiques communes à ces huit lieux qui esquissent les contours de l'imaginaire de ces habitants quant au paysage culturel.

Carte représentant les lieux clefs constitutifs d'un imaginaire urbain carioca dans le cadre de l'enquête.

Premièrement, ces lieux sont tous paysagers25 ou naturels. Les pratiques quotidiennes des cariocas s'effectuent au contact de ces éléments naturels et paysagers, favorisant ainsi l'expérience individuelle d'une relation forte à l'environnement naturel et celle d'échange entre usagers. La fréquentation importante des rues, des fronts de mer, des bords de la lagune, des parcs et jardins contribue à renforcer le lien entre pratiques urbaines et nature. En témoignent par exemple les innombrables joggeurs, cyclistes et marcheurs qui envahissent le bord de mer et le parc du Flamengo, des moments clefs comme le nouvel an au cours duquel les cariocas se rassemblent sur la plage de Copacabana pour faire des offrandes à la déesse de la mer ou encore des pratiques comme la samba dont les textes relatent souvent ce lien d'imbrication originel entre la ville et son paysage (Jouve-Villard, en cours). Les rapports d'imbrication avec cette nature sont aussi constitutifs de certaines formes d'urbanisation comme cela est mis en avant dans le dossier de candidature (notamment la promenade de Copacabana), mais également d'équipements construits pour profiter des panoramas (comme le bondinho pour accéder au Pain de Sucre) ou encore des favelas qui s'implantent à la lisière de la forêt. Ainsi la favela de Babilônia, aujourd'hui pacifiée, s'ouvre à la ville et revendique son lien identitaire avec le mont de Babilônia - sur les versants duquel elle s'est édifiée - à travers un programme environnemental pour le maintien de la faune et la flore du mont26.

Dans un second temps, ces lieux sont tous porteurs d'une forte dimension immatérielle qui se situe entre le sensible et l'imaginaire. Effectivement, nous avons pu constater précédemment comment leur versant immatériel se construit à la croisée entre les sentiments issus d'expériences individuelles et l'imaginaire social (Sansot, 1986). Le sens de ces lieux : « [...] naît, [...], de la fusion entre l'intimité d'un souvenir et son degré d'intégration à des territoires sociaux » (Musset, 2008, p. 76). Cette dominante immatérielle les rend malléables et appropriables par tous. Ce sont des lieux où peuvent s'exercer des activités diverses selon les époques et qui n'ont donc pas de fonctionnalité urbaine prédéterminée ni figée. Ils deviennent ainsi des lieux clefs au sein desquels il est possible d'expérimenter une ville en transformation, une ville en mouvement dans laquelle l'idée de relation est première. Ces caractéristiques qui peuvent qualifier l'imaginaire urbain des cariocas font écho à l'expression d'« infinie plasticité » employée par Régina Abreu pour décrire la réceptivité du carioca aux multiples influences à travers lesquelles il a construit son identité (Abreu, 2000, p. 184).
Enfin, ces lieux sont tous d'accès public et favorisent ainsi une pratique collective et une certaine mixité sociale. Ils permettent une expérience démocratique de l'espace. Les habitants ne considèrent pas ces lieux à partir d'une représentativité institutionnelle officielle mais construisent une relation directe à l'environnement, affranchie de toute normalisation. Ainsi, à l'instar de Julien Gracq dans son ouvrage La forme d'une ville (1988), nous considérons que les lieux précédemment identifiés favorisent l'expérience d'une géographie « sensible », dans le sens où elle se constitue au travers d'une rencontre directe avec le monde et suppose une intelligence quotidienne de ce monde et de l'espace vécu, une familiarité fondée sur l'usage.

Conclusion

Les trois séries d'entretien à partir desquelles s'est structurée l'enquête ethnographique nous ont permis de relever le poids du vécu, des sentiments et des mythes dans la constitution d'un imaginaire. Nous avons pu constater que ce ne sont pas des édifications symboliques qui ont valeur de patrimoine au sein de la ville, mais plutôt un paysage, une ambiance, un cadre de vie, qui peuvent être considérés comme des « petits hauts lieux », selon l'expression d'Alain Musset, en tant qu'« [...] endroits de la banalité liés aux pratiques quotidiennes et non au culte périodique du souvenir » (Musset, 2008, p. 68). Nous avons ainsi pu saisir comment les habitants abordent la relation ville/nature en tissant des relations esthétiques, politiques et écosymboliques à leur milieu de vie (Younès, 2010). Finalement les valeurs mobilisées par les habitants dressent les contours d'un patrimoine de l'urbanité « qui vise à la sauvegarde des espaces familiers dans lesquels on se sent chez soi, à l'expression des attachements collectifs dont on souhaite préserver la mémoire, à organiser l'aménagement de la ville ou de la vie collective. Il n'est pas matériel ou « immatériel », il est d'abord social. » (Rautenberg, 2012, p. 249).
Pour finir, cette cartographie habitante met également en avant le fait que les habitants conçoivent leur territoire et la relation paysage/patrimoine à l'échelle des pratiques quotidiennes, laquelle diffère de celle du dossier de candidature à l'Unesco puisque le paysage y a été pensé à partir de l'idée de panorama (Zamant, 2012). Malgré cette différence d'échelle d'appréhension entre les habitants et les tenants de la procédure, la cartographie patrimoniale habitante recoupe en grande partie les entités constitutives de la zone géographique proposée à l'Unesco.

Carte représentant les éléments paysagers et naturels constituant le paysage culturel de Rio de Janeiro inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco (1 - Parc national de La Tijuca ; 2 - Jardin botanique ; 3 - Le Pain de Sucre et les monts Urca Leme et Cara de Cao ; 4 - Copacabana ; 5 - Baie de Botafogo ; 6 - Parc Flamengo ; 7 - Complexe de forteresse de l'entrée de la baie de Guanabara).

Nous constatons ainsi que l'expression du territoire (formulée dans le dossier de candidature) croise en partie celle des territorialités individuelles. Ces corrélations viennent conforter le rôle des experts, ayant été en charge de l'élaboration de la candidature et qui, malgré l'absence totale de la population lors de la procédure de patrimonialisation, sont parvenus à retranscrire l'imaginaire collectif des cariocas27 quant à la valeur patrimoniale de leur territoire. Nous nous devons cependant de préciser que ces lieux se recoupent mais qu'ils sont, dans un cas, mis en valeur pour le sens qu'ils prennent dans leur interaction avec la dimension urbaine au quotidien quand, dans l'autre cas, ils sont mis en valeur pour leur qualité paysagère intrinsèque et indépendamment du rôle qu'ils peuvent jouer dans le maintien d'une urbanité.

Ces lieux, que l'on retrouve dans les deux cartographies (le Pain de Sucre, la baie de Botafogo, la promenade de Copacabana), ont, d'une part, joué un rôle important dans l'histoire de la ville dès leur création et sont, d'autre part, quotidiennement utilisés par les cariocas. Il s'agit d'espaces urbains locaux traversés par les échelles globales, des lieux dont les limites se meuvent selon l'échelle à laquelle ils sont considérés et qui possèdent ainsi une porosité scalaire dans leur usage. Ils deviennent le support d'enjeux portant sur la corrélation entre le rapport sensible de l'individu à son environnement et les modèles culturels de paysage attachés au rapport collectif d'un groupe à son espace. Cette tension entre la dimension individuelle du lien spatial et l'idée d'une représentation identitaire collective, socialement partagée d'un espace donné, illustre l'épaisseur et la complexité des patrimoines urbains et paysagers. Elle témoigne du fait que le paysage culturel ne se définit pas que matériellement en fonction de critères objectifs et factuels choisis par des institutions, mais qu'il est aussi configuré par les pratiques des gens qui l'habitent, le fréquentent, y travaillent, y vivent. Finalement, nous sommes devant l'évidence que l'urbanité en tant que « principe d'hybridation » (Mondada, 2000, p. 253) contribue pleinement à structurer la dimension patrimoniale d'un paysage entre l'individuel et le collectif, entre le matériel et l'immatériel.

Mots-clés

Paysage, patrimonialisation, cartographie, habitants, Rio de Janeiro
Landscape, heritagisation, mapping, inhabitants, Rio de Janeiro

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Auteur

Véronique Zamant

Depuis l'obtention de son doctorat en aménagement de l'espace et urbanisme (université Paris Ouest Nanterre La Défense, 2015), Véronique Zamant poursuit au sein de son laboratoire (LAA-LAVUE UMR CNRS 7218) ses recherches portant à la fois sur les processus de patrimonialisation en articulation avec les transformations urbaines contemporaines et sur le rôle de la figure du paysage dans le développement territorial. Parallèlement elle intervient comme enseignante en École nationale supérieure d'architecture et à l'université. Par ailleurs elle travaille depuis l'obtention de son diplôme d'architecte DPLG en 2006 en tant qu'architecte-urbaniste praticienne en agence d'architecture.
Courriel : v.zamant@gmail.com
http://www.laa.archi.fr/_Zamant-Veronique_?id_mot=28?id_mot=42

Pour référencer cet article

Véronique Zamant
De l'individuel au collectif, des mythes aux pratiques
publié dans Projets de paysage le 13/01/2017

URL : http://www.projetsdepaysage.fr/fr/de_l_individuel_au_collectif_des_mythes_aux_pratiques

  1. Pour consulter la définition donnée par l'Unesco, nous renvoyons à l'article 1 de la Convention du patrimoine mondial rédigée par le Comité du patrimoine mondial en 1992.
  2. Carioca est un mot portugais-brésilien permettant de qualifier tout ce qui a trait à la ville de Rio de Janeiro.
  3. Le terme de « récit » désigne une narration au sein de laquelle les faits sont présentés par le locuteur comme se racontant d'eux-mêmes. Il s'oppose à celui de « discours » tel que défini par Foucault (1971).
  4. Dans le présent article, nous nous concentrerons sur le point de vue des habitants quant à la valeur patrimoniale d'un paysage. Nous emploierons ainsi l'expression « paysage culturel » pour désigner une approche du paysage sous l'angle patrimonial, indépendamment de la catégorie de l'Unesco.
  5. L'imaginaire se construit à l'imbrication entre les images strictement personnelles (fantasmes, perceptions), les représentations socioculturelles (référentiels communs à une culture) et les images universelles (archétypes qui agissent et interagissent de manière transhistorique et transculturelle).
  6. L'enquête ethnographique date de 2011, avant que Rio de Janeiro n'obtienne le titre de patrimoine mondial de l'Unesco. Ainsi l'objectif de cette enquête n'a pas été de questionner « l'habiter un patrimoine » mais de questionner l'imaginaire des habitants autour de la dimension patrimoniale de leur territoire. Concernant les enjeux d'« habiter un patrimoine », nous renvoyons à plusieurs auteurs : Fournier, Crozat, Bernié-Boissard et Chastagner (2012), Gravari-Barbas (2005), Fabre et Luso (2010).
  7. Ce territoire a été choisi à partir des représentations cartographiques du paysage carioca contenues dans le dossier de candidature à l'Unesco (Zamant, 2015).
  8. Cette méthode a été mise en place dans le cadre de la recherche « Tranche de ville. Habiter Paris ou comment apprécier la qualité de la vie urbaine à Paris ? » (LAA, 2015). L'explication de ce protocole et du choix de ses outils sont détaillés par Alessia de Biase (2014).
  9. La carte n'est pas réalisée par un sachant dont les artifices visuels dépendent de ses intentions et lue par un non-sachant, dont l'herméneutique est conditionnée par son contexte socioculturel (Harley, 1995). Coconstruire des cartes avec les habitants s'inscrit donc dans une dynamique de remise en question des rapports de pouvoir qui peuvent s'instaurer à travers une pratique de la cartographie.
  10. La carte est dès lors considérée comme un médium, entre l'environnement et les habitants, qui fait naître une expertise urbaine chez ces derniers ; mais également comme médium entre les habitants et les professionnels de la ville.
  11. Le terme « territoire » est entendu ici comme « un espace géographique approprié et occupé par un groupe humain qui s'y identifie et fonde sur lui une partie de son identité parallèlement à l'instauration d'un pouvoir légitime » (Théry, 2006).
  12. Il s'agit des cartes produites dans le cadre du dossier de candidature à l'Unesco.
  13. L'ethnographie en partie retranscrite dans cet article pourrait constituer l'amorce d'un travail plus spécifique. Elle a été réalisée dans le cadre d'une recherche doctorale (Zamant, 2015) et en complément d'une ethnographie institutionnelle. Il convient donc de souligner les limites de cette courte ethnographie tant par la particularité de la méthodologie employée que par le contexte dans lequel elle a été réalisée ou le format selon lequel elle est ici retranscrite.
  14. Un panel de seize interlocuteurs a été établi en fonction de leur localisation géographique, de critères socioprofessionnels et de logiques d'itinéraires résidentiels.
  15. Daniel Fabre identifie les sentiments comme étant des émotions stabilisées dans un langage verbal et corporel, et dans des images (Fabre, 2013, p. 38).
  16. Cette opposition entre une approche rationnelle et une approche vécue est notamment analysée au Brésil par Gilberto Freyre (1933) et par Margareth da Silva Pereira (2000). Dans le contexte français, de nombreux auteurs ont traité de cette thématique parmi lesquels nous pouvons citer l'ensemble de l'œuvre d'Augustin Berque, mais également Anne Cauquelin (2002) ou Michel Collot (2011).
  17. Toutes les figures mobilisées dans le présent article ont été produites par l'auteur de l'article.
  18. Nous ne pouvons dans le cadre de cet article décrire chacune de ces idées de ville ni chacune des cartes collectives que nous verrons par la suite.
  19. Les mythes sont comme autant d'histoires sans auteurs qui permettent à l'homme de gérer des évidences contradictoires tout en lui offrant la possibilité de ne pas choisir (Lévi-Strauss, 1964, 1967, 1968, 1971). Ils sont un « [...] moyen de résoudre symboliquement des antinomies, des contradictions ou des situations conflictuelles impensables ou inassumables, en les incluant dans la structure feuilletée d'un récit. » (Choay, 2006, p. 352).
  20. C'est dans l'interaction entre les sens (sensualité) et le sens (compris comme « sphère de significations ») que se situe le sensible (Sansot, 1986) ; étudier une société à partir de sa sensibilité revient à analyser son expérience vécue en relation avec les sphères de signification qui l'ont façonnée dans le temps.
  21. Ce zoom incite à faire travailler l'habitant à partir de ses propres expériences urbaines et indépendamment de toutes qualifications spatiales relevant de lieux communs.
  22. Dans une tradition de projet architectural et urbain dont relève l'auteur, la petite échelle renvoie à des échelles numériques de l'ordre de 1/5e, 1/50e... qui permettent d'avoir un regard précis sur les espaces et détails observés.
  23. Une couleur est choisie pour chacune des catégories. Plus un lieu a été identifié par un grand nombre d'interlocuteurs, plus il est foncé. Les zones blanches sont celles qui n'ont été identifiées par aucun interlocuteur.
  24. Le même procédé que pour l'étape précédente a été appliqué : ont été sélectionnés les lieux qui étaient le plus identifiés dans les cartes thématiques.
  25. Nous renvoyons ici à l'adjectif qui qualifie tout ce qui est destiné à produire, par une disposition artificielle, un effet de paysage naturel.
  26. CoopBabilonia est l'association en charge de ce programme : http://coopbabilonia.blogspot.fr/.
  27. Il est important de rappeler les limites de l'enquête ethnographique sur laquelle ce base ces constatations au regard du panel restreint d'interlocuteurs interviewés.